NATURE ET EXERCICE DE LA PROFESSION MILITAIRE 3 1 3 Dans la période prérévolutionnaire on avait donc des soldats combattant non pour Ta patrie mais pour eux. C'était leur métier de se battre, et ainsi ils acquieraient gloire et profit comme l'épicier acquiert profit et considérations à vendre ses épices. On a des armées mercenaires qu'aucune grande idée ne guide. L'appàt du lucre par le pillage. des plaisirs sexuels par le viol, le tout augmenté du haut ragoùt que donne le meurtre, l'odeur du sang, conduit seul les troupes au combat. Au xv1n° siècle c'est encore à peu de chose près les grandes compagnies du x1v0 siècle. Avec la R.évolution se développe l'idée de Liberté qui. dans la France révolutionnaire, en opposition avec l'Europe monarchique, se confond nécessairement avec le patriotisme. l'amour du pays où on veut vivre libre. La nation entière se lève pour défendre sa liberté menacée par la coalition des rois; l'armée 11afio11alc est créée. Napoléon, par ses conquètes. oblige les autres peuples à créer, eux aussi. l'armée nationale, en mème temps qu'il professionnalise l'armée française. De ces mouvements politiques et sociaux résulte que les armées dans l'Europe tout en étant 11atio11ales redeviennent professio1111elles. Parmi elles on ne trouve que peu d'étrangers, mais les nationaux. qui en fopt partie, en font leur métier; ils sont soldats comme d'autres sont agriculteurs, mineurs. Surviennent la guerre de 18jO et la fièvre d'armement qui encore subsiste, alors l'armée se déprofessionalise en devenant obligatoire pour tous. Maintenant dans toute l'Europe, l'Angleterre excepté, on a véritablement l'armée nationale telle qu'elle a existé à un moment de la période révolutionnaire. Dans ces armées nationales. comme nous l'a,·ons âit, une partie est cependant restée professionnelle : c'est le corps des officiers. En France, l'idée libertaire avait soulevé la nation à !"époque révolutionnaire; dans les autres pays la haine de l'envahisseur français après les conquètes n·apoléoniennes, souleva les peuples. Il est résulté de ces phénomènes cette croyance générale que le militaire professionnel est soldat par dévouement à la patrie, par patriotisme. Cette croyance, génitrice d'une sorte d'auréole autour de ces individus. est absolument fausse. Les faits sont là comme preuves; en voici quelques-uns : Le :2 septelllbre 1796, la veilk de la bataille de B~ssano, le général Massén:i, dans une lettre au génùal Berthier, donne s:i démission en mème temps qu'il é..:rit que sa division est dans IÏlllpossibilité de prendre part :iux op~r:1tio1's projetées. En un mot il refusait de mar..:her. froissé qu'il ét:iit par une enquète ouv.:!rte contre lui :iu sujet de vols. Il retira toutefois sa démission après un-: entrevue s~crète avec Bonaparte. ( 1) Le 1.3 septembre de la lllèmo::::innée. Augereau à son tour offrait s:i démis- (1) Correspondance inédite. oflicielle et confidentielle de Napoléon Bonaparte Il. 17 - cité par Trolard in De Mo11two/fcau 'Pont d"Arco/e, p. _328, 329.
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