La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LE CONGRES SOCIALISTE INTERNATIONAL DE ZURICH 305 La question agraire, dont j'avais l'honneur d'ètre rapporteur. a pris exactement cinq minutes à l'assemblée. Pour ces sujets, on était toujours pressé d'en finir. Après avoir stipulé !a ration d'une heure et demie, on décida que les rapporteurs devraient se contenter de lire leur proposition et que la réunion voterait aussitôt après cette lecture. Par contre, dès qu'une fissure s'ouvrait par où les passions pussent _iaillir, on s'y précipitait, eJ: dans l'ardeur de l'action, les heures ne se comptaient plus. Dans cette lutte, les Alkmands remportèrent une série de triomphes. Le poids des gros bataillons. la vigueur de la discipline et la vue nette du but poursuivi en ont fait les maitïes de la situation. Cependant quelques symptômes significatifs se sont produits, qui devraient kur servir d'avertissement. La discipline. si nécessaire aux partis de combat. est une arme d'un maniement difficile qui nécessite, en mème temps qu'une poigne solide, _un doigté fort délicat. La corde trop tendue se casse. C\:st ce qui est arrivé dans une cir-' constance qu'il est intéressant de rappeler. On discutait sur les dispositions communes à prendre pour la manifestation du I cr Mai. Les Allemands disaient : Fètc et les Français : Dé111011stimo11. Les jours de fète ne sont pas encore venus pour le prolétariat. déclaraient ces derniers. L'anniversaire de Fourmies· reste un jour de deuil. Le Congrès se prononça dans ce dernier sens. Divergence plus grave : les Allemands sont, on le sait, opposés au chomage. Le docteur Adler, chef dt.1 parti socialiste autrichien et rapporteur de la commission, pré•,int leur attaque par une Yigoureuse sortie: Nous ne voulons pas, dit-il. faire comme des bourgeois pacifiques qui se réunissent en ligue contre la guerre et qui votent tous les budgets militaires. li faut conserver à la manifestation son caractère ouvrier et révolutionnaire. Pour atteindre ce but. il faut avant tout arriver à la gén~ralisation du chômage; ce mode d'agir attire à nous tous les prolétaires, fait du premier mai un puissant moyen d'agitation. Eh bien, nous avons la douleur de voir que les Allemands n'ont pas chômé le I or mai 1 892 ; nous souhaitons qu'ils s'en repentent et reviennent à mieux agir. Nous ne voulons pas qu'on ôte au socialisme son côté sentimental, car si nous repoussons les propositions nébuleuses et utopiques, nous ne voulons pas qu'on sacrifie le cœuràlatète, le sentiment à la stricte iogique. 20

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