LA REVUE SOCIALISTE tions de sensibilité mutuelle entre les membres d'une socièté, par suite de la mème différenciation dans les déterminations dues à leurs rapports et correspondances réciproques, d'où une impression générale. commune. nécessairement corrélative et résultante. du même mode de perception chez les êtres semblables. Or, étant donné que les hommes ont commencé par prêter aux choses et aux phénomènes l'idée de leur propre activité, il devait nécessairement arriver que cette conception anthropomorphe se montràt encore plus dans l'interprétation et la conception de leurs semblables que dans celle des autres phénomènes de la nature. Aussi, voyons-nous encore aujourd'hui la plupart des grands esprits hésiter devant l'idée d'admettre que nos semblables. que nos propres sensations, idées. pensées, actions, ne sont que des résultantes de déterminations excessivement complexes. Il suffit cependant de réfléchir pour comprendre combien les faits sociaux nous sont d'un grand secours pour arriver à cette conception scientifique des choses. Personne, en effet, n'a l'idée d'admettre que la conscience publique est une entité, offre un substratum analogue à ce que beaucoup admettent pour l'àme humaine; et cependant, personne ne peut nier l'existence ni le rè>lede l'opinion publique. de la conscience socic1leou morale, car ce serait nier la moralité et la morale elle-même. Quand nous parlons de l'àme de la patrie, de l'opinion d'une assemblée, du verdict populaire; quand nous amb'itionnons la gloire, la renommée; quand nous vivons tout fiers d'une belle réputation, nous ne pensons guère à la réalité ontologique de ces abstractions parce qu'elles n'ont point de corps individuel pour les loger ; nous nous contentons de dire que nous faisons là de simples métaphores. Au fond. la seule différence, c'est que, dans ce dernier cas, nous ne voyons que les individus dans une nation ou une foule, tandis que, pour notre corps, nous ne faisons attention qu'à son unité, qu'à l'unification de ses parties composantes: ils suffit de renverser le point de vue pour voir tout changé. Ainsi l'étude de la vie sociale et de la sociabilité deviennent pour nous un excellent moyen de mieux saisir le déterminisme scientifique de la vitalité et de la sensibilité, de la nutrition et de la reproduction, de la conscience et de la pensée, du corps et de l'âme. De même l'étude ~t la conception expérimentale de la vie et de l'organisation nous est du plus grand secours pour comprendre et pénétrer la genèse de l'organisation sociale, de la sociabilité et de la morale. Nous voyons ainsi les sciences s' entr' aider, se confirmer et se redresser mutuellement corn me nos sens et nos facultés intellectuelles, par le même mécanisme de la différenciation des choses dans notre entendement et de leurs individualisations croissantes en coinplexité par suite de la multiplication incessante des rapports et déterminations au fur et à mesure de la multiplication de nos propres moyens de les concevoir et de les constater.
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