200 LA REVUE SOCIALISTE art dramatique ait jamais eus à sa disposition. Ce drame, encore paisible, mais qui pourrait bien un jour tourner à la tragédie, le théâtre a Je devoir de s'en empârer. d'en reproduire, avec son optique spéciale. les péripéties déjà connues et même d'en montrer les phases ultérieures, tel les que la logique permet de les prévoir. Il est bien évident que l'effort à exercer dans cet ordre d'idées, au moyen du théàtre. doit être d'une nature toute particulière. 11 ne s'agit de faire ni des pièces politiques. ni des pièces socialistes, au sens exact du mot. Tout ce qui garde des allures de plaidoyer direct, de développement théorique ou doctrinal, doit être soigneusement proscrit du théàtre et ne saurait d'ailleurs y vivre. Outre que la marche de l'action ne doit pas être interrompue un seul instant, c'est elle seule qui doit suggérer la conclusion à l'esprit des spectateurs ; des faits se déroulant sous leurs yeux doit se dégager une idée si lumineuse et si Yivante, qu'un élan de pitié ou de révolte les étreindra tous. invinciblement, à la même minute. L'impression sera d'autant plus grande qu'elle aura été plus spontanée, et d'autant plus vivace que chacun pourra s'attribuer le mérite d'avoir seul tiré de la pièce représentée une conclusion qui, en réalité, s'imposait, Car le public apporte. au théàtre. un sentiment d'amour-propre qu'il serait dangereux de combattre. Il va, très docilement, où l'auteur veut l'entrainer, accepte toutes les peintures. admet tous les actes. mais si celui qui n'est, en somme, que son guide, veut s'ériger en <, pion et lui dire : Voici comment tu dois apprécier ce que tu viens de voir >', il résiste et garde rancune à l'œuvre entière d'un moment de mauvaise humeur maladroitement provoqué. Pourtant, avec les procédés actuels, il n'est pas toujours facile de faire. d'une œuvre de théàtre. la démonstration claire et poignante d'un abus ou d'une misère. Le problème parait donc. à première vue. assez compliqué : il s'agit de concentrer tout l'intérêt sur une idée unique, à quelque ordre qu'elle appartienne, de la montrer sous toutes ses faces, d ·y ajouter constamment des traits frappants afin de ne laisser dans l'ombre aucun de ses caractères distinctifs. de ramener sans cesse et de maintenir l'attention sur ce qui doit être le pivot. comme le leitlllofive du drame, à cette différence près que le leit-111olh,1c du musicien reparait à chaque instant dans sa partition, tandis que dans le drame en question, l'idée inspiratrice doit planer sur toute l'œuvre, sans qu'il soit besoin de jamais l'énoncer. "' Cette unité, qu'Aristote n'avait pas prévue: l'u11itéd'i111pressio11 peut, suivant l'habileté de l'auteur, admettre ou rejeter l'unité d'action. la seule qui subsiste encore, dans le théàtrc moderne, des règles émises 1\r le vieux philosophe grec. A l.i vérité, il paraît bien difficile de la
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