La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE ment, d'exprimer les opinions politiques, philosophiques ou sociales du poète. li est vrai que les anciens n'avaient ni la tribune parlementaire. ni la presse! Mais, sommes-nous beaucoup plus avancés qu'eux? Nous possédons ces deux puissants leviers de l'opinion: ils ont eu leur heure d'éclat et de réelle inf1uence ! Aujourd'hui. la vénalité les a tellement en\'ahis que leurs enseignements ont perdu toute autorité! Dans ces conditions, le théàtre nous· parait de plus en plus destiné à revenir à sa situation première qui est, en somme, celle d'un intermédiaire entre les .penseurs et les peuples! De quelle façon doit-il chercher à exercer son action pour la rendre efficace, tout en se conformant aux principes généraux de l'esthétique moderne? Nous le verrons tout à l'heure. Le fait qu'il était important de constater, parce qu'il est la base de toute holution dramatique, c'est que. toujours, ceux qui voulaient accélérer un mouvement d'opinion ont utilisé la grande voix du théàtre et cherché à y envoyer le peuple. A l'enfance de l'ère chrétienne. le théàtre a été le plus puissant agent de propagation religieuse. L'Eglise. si jalouse, pourtant. de sa suprématie et devenue, plus tard, si dure aux comédiens, donnait elle-même ou encourageait les représentations des mystères où la foi candide des premiers àges s'étalait avce une naïve poésie. Si le xv11esiècle parait avoir écrit plusspécialement pour les grands et les rois, c'est que la pensée, dejà était si bien tenue en laisse. qu'il fallait être avec la cour, ou n'être pas. Mais, au-dessus de l'encens offert aux diverses majestés, l'àpre étude humaine rayonriait, grandie à chaque siècle et provoquant une admiration de plus en plus profonde, l'étonnement que de pareils chefs-d'œuvre eussent pu être conçus d joués sans que la férule s'abattit plus lourdement sur les auteurs. Plus que toute autre, peut-être, l'école romantique a cherché à édifier son succès sur l'amas des souffrances populaires. Arrivant à la vie littéraire peu d'années après les grandes perturbations de la fin du siècle précèdent. elle avait bien compris que l.e peuple devait être l'objet de sesavancesetqu'ilsuffisait d'exalter cet amour-propre qui, à chaque incident risquait de lui mettre le fusil en main, pour s'en faire un allié fidèle et précieux. Rien n'est instructif à cet égard. comme la préface de Cro111'i.1..'ell, qui fut la grande déclaration de principes des romantiques. Les procédés de la tragédie classique y sont combattus avec une virtuosité sans pareille. C'est de bonne guerre! Puis le grand air de la vérité au théàtre, du naturel dans l'art, y est entonné! Tout cela est évidemment très beau et d'une justesse d'appréciations inattaquable. Le grand malheur. c'est que toutes les productions de l'école sont en contradiction absolue avec les principes émis! Pour s'en tenir à Victor-Hugo, seul, il suffit de lire ses drames .

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