CE QUE DOIT ÈTRE LE THÉATRE SOCIALISTI: 1 CJ3 En admettant que la production actuelle ait quelque chose de commun avec l'art, cc serait tout au plus de l'art. .. utile aux auteurs! La responsabilité de cette situation ne saurait leur ètre attribuée tout entière. Ils ont à leur passif - et c'est déjà suffisant - de ne pas chercher à réagir contre le courant qui les entraine. Mais ils ne l'ont pas déterminé eux-mèmes. C'est la Société actuelle qui les a faits cc qu'ils sont; c'est la pression des mœurs bourgeoises qui, en comprimant les jeunes ii:telligences. dès leur éveil, empèche !"éclosion d'œuvres saines et grandes. L·état de décomposition de notre vieux monde est si avancé. que l'on ne peut attendre autre chose qu·une production incohérente, fade et banale. Un vieux dicton qui garde des apparences. de grande justesse, dit qu'un" peuple n'a que les artistes quïl mérite d'avoir." Jamais, il ne s·est trouvé aussi complètement justifié qu'à notre époque. Mais, il n'est pas défendu de croire que beaucoup tfecri,·ains méditaient d'autres œuvres que celles qu'ils nous ont présentées. Ils ont vite compris que le succès n·allait plus aux pièces fortement conçues, aux études sincères, qu'elles fussent de cinglantes satires ou d'ironiques pamphlets. Ils ont fait des tâbleaux. des lines. des pièces conformes aux besoins de cette aveugle bourgeoisie qui brise impitoyablement tout effort noble. sans vouloir reconnaitre que chaque nouvelle oppression se tourne contre elle et fournit des armes à ceux qui veulent hâter sa disparition. i bien qu'aujourdî1Ui. la sanction d'une œuvre n'est plus dans l'admiration ou les controverses qu'elle provoque, mais dans les droits d'auteur qu'elle rapporte, L'exportation, d'ailleurs. a tout envahi. le commerce comme les arts. L'Amérique, dénuée de tout sentiment artistique, possède assez de dollars pour s'offrir nos œunes et se parer d'une apparence de goLit qui nous ferait sourire si son inf1uence n:était si déprimante. C'est pour elle que les peintres alignent chaque année des kilomètres de toile plus ou moins ornée, le long des cimaises des divers salons; c'est pour elle, également. que nos auteurs bâtissent ces pièces innomables montées dans des décors parfaits, mais bètes à faire pleurer. Qui pourra jamais apprécier le mal fait par Sardou et ses imitateurs à notre théàtre !.... Il n·y a plus à enrayer le mal, il est trop grand. Il n'y a qu'à le constater en émettant l'espoir qu'une action énergique le chasse de nos scènes, en remédiant aux mœurs qui l'ont rendu possible: à cette décomposition rapide de notre Société qui, viciant tous nos organes intellectuels, déplaçarit nos points de vue, soufflant sa froide haleine sur ce qu'il peut rester chez nous de grands sentiments, menacerait, si l'on n'y mettait bon ordre, de tout emporter dans une soif insatiable de richesses acquises à tout prix, mème à celui de la disparition de !"art, devant le commerce des toiles peintes et des dialogues quelconques qui se prétendent des pièces de théàtre. Les directeurs, victimes de la crise théâtrale, en rejettent la res1.3
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