La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIAl.:STE Naturdlcmenl l'e.scla\·age n'était plus qu·un odieux souYc:1ir et la fermeture des cirques se perdait pour ainsi dire dans le lointain des ~i.ges. (Cette abomination avait disparu depuis trois siècles et demi). Ajoutez à tout cela la découverte du nouveau Monde. l'abon- .dance des métaux précieux, remploi généralisé des lettres de change et l'on aura une idée du développ:!rnent économi~1ue des Républiques uchroniennes. La paix morale, l'efflorescence scientifique, l'essor artistique, 1~ libéralisme politique, la tolérance universelle, les progrès sociaux, la prospérité économique résultant de cet état de choses, était loin d·avoir leur contre-partie dans l'Orient christianisé courbé sous le féodalisme barbare. Malgré de beaux dans de charité et de pureté chrétiennes, il était dévoré par la misàe, déshonoré par !"esclavage. Non l'escla\·age antique avec ses marchés ( 1), mais un esclavage de fait résultant du régime féodal qui livrait tout à quelques-uns. L'Occident gènait. Dès qu'ils se crurent en force, les S1tï'veilfa11ts (hèques) qui ne cherchaient qu·un.! occasion d·attaquer cet occident trop prospère. trouvèrent le prétexte cherché: les instruments non plus ne leur manquèrent pas. Sur un :,ignal donné par eux, des hordes de moines parcourur3nt les villes et les campagnes disant au peuple que Rome, où se trouvaient les cendres des apotrcs Pierre et Paul, était le véritable cheflieu de la chrétienté, que c'était une honte qu'elle fut entre les mains des Infidèles Occid.::ntaux et qu'il fallait la leur arracher, avec l'aide de Dieu. qui s.::urait bien briser les ennemis de sa sainte Eglise. La propagan:le prit comme une trainée de poudïe et plus d·un million d'hommes. qui prirent le titre de Croisés, se jetèrent sur l'Occident à sept reprises dil1ërcntes. Mai leur en prit. La plupart des p:irticip:rnts à ces expéditions acharné::!s périt et les survivants de la septième Croisade furent finalement r~duits à capituler dans Naples, la seule ville dont ils aient réussi à s'emparer par surprise. Voilà pour les succès militaires promis. (1) Q'.1·avaient a faire d'es::lavcs a acheter et it vendre des hommes, des homnu·s qui pouvaient d\111 sign.:, en appeler autant des dc:1x scxrs quïl leur en fallait pour !cars besoins et leurs .:aprices 0 Et de quoi, des marches d'esclaves eussent-ils servi, quand la classe entierc des paysans et des artisans était aux ordres des dominateuPs du sol, clers ou barbares~ ].'esclavage de la glebc et l\1nivcïscllc domesticité volontaire ou forcée (mais clic était rclativen1cnt trop a v:rnugcuse po.ir n •ètrc pas presqac toujours. volontaire), prirent ainsi la place de l'ancien csclJvage commercial. Cc fut un bien, en cc que la conditionde l'csclava,,e devint entièrement stable et lut permit la vie de famille. Et les horreurs du trafic dî1omnws apres le, ûatail!es cess::rent en grande partie, ainsi que les abominattr des arnphithéàtrcs. Mais on ne s:1urait dire, que c1•s améliorations. dues it la sioicité comparative des goLJts des 13.trbarcs, a leurs coutumes dïnféodation, et :i l'effet quoiql,e taible assurément, de lïn essant~ prédication des maximes de douceur évangélique. cons- .tituassent au moindre degré un pas accompli dans le développement des libcrtc:s humaines, dans le re,pect de b justice et l'amour de la paix. (illotc de Renouvier). (:) Ces lignes dépeignent fidelcmcnl le Moyen-Age et rétorquent l"affirm:itio,1 hi,- toriquc que le christJni•rn1c, a aboli 1·csctavage.

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