La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

REVUE DES I.IVRES un bijou littéraire, rieri qu'en détachant du livre de M. Renard tout ce qui a trait à Annette - frais épisodes (notamment les vendanges et l'orage), reparties spirituelles, notes émues, etc. - Chaque fois qu'Annette reparait en scène, la phrase prend un ton plus chaud, plus vivace, une tournure plus caressante et toujours amoureusement discrete. Bref, le personnage d'Annctte est le mieux réussi du volume; on sent que l'auteur s'y est complu et s'y complait. René a tout. de suite plu à Annette~ et c'est plaisir délicat de savourer les gracieuses ingéniosités de cet amour naissant de petite fille, - malicieuse contre une seule personne, une vieille fille qui s'est mis en tête de se faire épouser par René. Bientôt la petite fille est devenue grande, et René a fini par s'apercevoir qu'il aimait réellement Annette et que son amour était partagé. Naturellement Mme Roveray, qui avait déjà ces~é toutes relations avec la famille Messant lorsque l'on sut que le jeune René était un ancien communard, refuse de consentir au m:iriage. Et elle a pour cela d'excellentes raisons. René n'est-il pas un mécréant religieux et politique? - Le futur destiné par Mme Roveray à sa fille, un cousin riche, est bien un viveur, un coureur dt> filles comme on dit; mais il est imbu des bons principes de M. Marnaud fils, dont le père, bourgeois ultra-satisfait et ~uffisant, est l'éminence grise d'une revue grise de forme et surtout de fond. (Recommandée aux littérateurs la scène de haut comique entre René Messant et M. de Marnaud père.) Donc Mademoiselle Annette qui vient de sortir de la pension, ou on l'avait déjà séquestrée à cause de René, va être forcée de partir en voyage. Là, on aura raison des résistances de cette petite ent.:tée; et un jour, par dépit ~uggéré, elle épousera quand même son faquin de cousin, par dépit, par cc que René, amnistié à la suite d'un ouvrage couronné par l'Académie, est rentré en France sans donner de ses nouvelles. Comment l'aurait-il pu? Ici finit la première partie du roman, oü nous avons encore à signaler le touchant épisode de la mort du père Messant, et la belle figure humaine du pasteur Borel. - Voilà René ivre de joie, de retour à Paris, et en quête du pain quotidien. Ex-avocat, l'une de ses premières visites est pour la Salle des Pas Perdus du Palais de Justice. Premières désillusions: ses anciens confrères et :imis lui battent très-froid et lui tournent poliment le dos. Ils masquent de dédain pour le révolté leur vénalité d'avocats des grandes compagnies et des grand~ fin:inciers. - Enfin le Conseil de l'Ordre refuse à René sa réinscription au tableau des Avocats à la Cour d'Appel. Un ami Peyrade explique à Messant le pourquoi de l'humeur réactionaire du barreau contemporain. La carrière du barreau lui _étant fermée, René se rejette sur l'Université. Justement, le chef de cabinet du Ministre de l'instruction publique est un ancien condisciple. Celui-ci lui avoue ingénument qu'il n'y a place dans le bercail de l'Etat républicain que pour les réactionnaires. Il en est de m~me dans l'industrie scolaire privée, Oll René trouve enfin à ~e caser, mais grâce à la protection de cousins riches et aussi influenb que conservateurs. Cette protection vient-elle à lui manquer, parce que René refu.e la main de la fille de la maison, immédiatement le directeur du« four à bachots» se prive de ses services. Et les prétextes ne m:inquent pas à ce renvoi : René n'avait-il pas le

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