La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE nous vanl:iit la vertu allemande, on nous donnait en exemple la discipline prussienne. Pour moraliser le monde et le remettre en équilibre, 011 ne pouvait compter que sur l'Allemagne. Pour que cette mission historique pût s'accomplir, il' fallait avant tout que rcmpire de Charlemagne fût constitué et que !"hégémonie allemande fût imposée à l'Europe décadente. L"Enrope fut-elle c0nvaincue de cette nécessité 1 Le fait est qu\llc si?soumit et qu'apri:s avoir permis d'{•craser la France, elle se laissa enchalul?r derrière le char du vainqueur. Tant de docilité méritait récompense. C'est le chàtimcn t qui en fut Il' résultat. ?\on seulement l'Europe n'y gagua rien, ni d:ins ses mœurs ni dans sa tranquillité, mais sous le règne de la férule allemande, la désorganisation ne fit qu'accroitre. Bien pis. Le pédagogue lui-m(,me se laissa envahir par l"t'.•pidémiee, t le terrible bacille qui ravageait l'Europe ne fit nu lie parLdes progrùs plus foudroyants. Après le procès Ahlwardt-Lœw, après la curée du fonds gnelfc, que penser de la vertu allemande? En voyant la marclw inquiétante de l'agitation ouvrière, l'extension rapide des idées socialistes, les grèves répétées et l'émeute audacieuse, comment se flatter encore de rétablir chez autrui cet ordre moral, si profondément troublé dans sa propre maison? Terrible effet de la victoire. Yoilà un peuple parvenu soudain ù l'apogée de la puissance, ayant pour lui la richesse eLla gloire, régnant au loin tout à la fois par la crainte et par !"attraction qn'exerge le prestige du triomphe. De tous ces avantages qne va-t-il recueillir? Si nous limitons notre examen au domaine industriel, nous voyons lïndustrie, le commerce, prendre un subit et prodigieux essor, exagérant par cela mème les criantes injustices et les funestes effets de l'industrialisme moderne; nous voyons la production s'accroitre sans règle, sans mesure, produisant la pléthore sur le marché, et comme conséquence des crises redoutables. Les moins outillés succombent; c'est la faillite, le chômage. Les plus favorisés se fortifient de la ruine ùes autres et en profitent pour asservir davantage les travailleurs. Attil'é par le développement du travail industriel, le paysan a/Tluedans les villes et grossit chaque jour les rangs du prolétariat. Presque exclusivement agricole, il y a un quart de siècle, l"Allem:igne est devenue une nation industrielle: sur quarantehuit millions d'habitants, elle eu compte aujourd'hui plus de vingt millions adonnés à l'industrie, soit plus de 40 %• Dans les manufactures nouvellement créées, on s'est con-

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