00 LA REVUE SOCIALISTE très sùre que le socialisme ne soi~ pas le nai. Entre ceux qui défendent rordre social en France et ceux qui l'attaquent la diff.irenee quant aux principes est mince. C'est à peu près le mêin.i droit, le m;me point de depad, quelquefois les mêmes eonrlusions politiques (1). Anssi longtemps que le socialisme révolutionnaire, assaillant du donjon l'attaqua avec ces seules forces il ne fut pas très redoutable; mais 1_1n jour vient où beaucoup jugèrent la place compromise sinon perdue quand un gentilhomme prnssien, peu suspect de tendresse pour le socialisme, le 1winceCarolath, put faire entendre à la Chambre ces paroles mémorables: « Les socialistes ont séduit dïnnombrables Idéalistes. li <léclareut qu'ils ont des teu,fances i,léalistes: et, je suis bien forcé <le le constater ici, nous sommes en train, en Allemagne, de perd:-e toute tendance idéaliste: nous sommes en proie aux faiseurs d'affaires et aux tripoteurs. » - \"i·ai pour l'AllemagnP, ce langage l'est plus encore pour la France. A la mème époque. un théoricien du socialisme, M. Benoit Malon, me disait avec beaucoup ,le sens: " :--ous commen~ons à comprcnd,·e quo nous avons fait fausse i·oute avec nos revcndiretions pui·emcnt matérielles, et quïl faut les ,•ivifler par un princiJJI, moral, pour vaincre des adversaires dépourvus de principes.,, ~l. de Yog-üéestime que c·est là pour le socialisme un gage certain de victoire, et dans sa pensée c·est bien d'une rénovation totale qu'il s'agit : Je n'ai pas à m'étendre sur cette crue du socialisme, méthodique, irrésistible, qui tient l'Europe attentive depuis quelques années. Je veux seulement marquer le fait d'où découle tout entière sa nouvelle puissance: le socialisme a capté le courant d'idi:alisme qui se réformait partout durant <·es mêmes années. t·ne conspiration tacite, inconsciente, s'est nouée entre des gens que tout sépare, depuis le prolétaire qui se rue violemment contre la machine sociale jusqu'aux conducteurs patentés de cette machine; la conspiration commence à la haine d'en bas et finit à la vague pitié d'en haut, elle rJunit (1) A comparer sur cc point la démonstration <lnjeune et émineut académicien, avec ces lii::ne~de notre rédacteur en chef: « Agée d'un siècle à peine, la société bourgeoise qui devrait Hre encore pleine de sève et de jeunesse, est déjà maudite et dëcaùente, semhlablP à ces enfants vieillots qui, épuisés par quelque mal ou quelque vice secret, n'atteinrlront pas l'adolesPence. « C'est que pour fonder un ordre nouveau, pour jeter dans le moule de l'histoire une civilisation vivace, capable, comme les civilisations pa\enne et chi·étienne, de fournir une rarrière cyclique de quinze siêcles, il ne suffit pas d'abordet· de nouveaux intérêts particuliers, de nouvelles exigences mdividuelles. • li faut apporter aussi une nouvelle conception synthétique du monde et une nouvelle règle sociale de conduite, telles l'une et i'autre de donner satisfartion à la mentalité ries plus éclairés, â la sensibilité des meilleurs, à la conscience de~ plus justes, telle enfin de pouvoir orienter l"humaniti, progressive vers une civilisation supérieure. Or cette conception synthétique du monde, la science moderne en peut donner les éléments; cette règle sociale commune de conduite le socialisme l'apporte. » (B. Malon : Pi·écis histo,·iqtte, théorique et p,·atique du socialisme, preface).
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