88 LA REVUE SOCIALlSTE et de valeur remplaçaient les bohèmes inquiétants des premiel's essais républicaius ... Le ministère avait survécu à de grosses di/Ticultés, à une grève particulièrement maligne, à la panique suscitée par un horrible attentat. Voilà qu·à l'improviste, dans c~tte marche triomphale, il vient d~ buter su,· le cadavre d'un agioteur obscur; et l'on se demande si toute la machine gou,·ernementale, si la République et l'ordre social ne s'effrondrent pas du même coup, dans la même mème fosse. :\I. de Vogüé insiste sur ce point que le vieux systkme est à bout, mais que la R(·publique est loin d'avoir perJu la magie de son nom et qu'une politique réformatrice peut tout sauver : li n'est au pouvoir de personne, dit,..il,de redresser l'arbre sur ses racines séchées. :Notre seul espoir réside dans les réserves d'énergie cachées au fond de notre µeuple; or, on obtiendra tout de ce peuple, sauf qu'il renonce au mot de république. N'oublions pas qu'il a mis dans ses syllabes mystiques Je peu d'idéalisme qui lui reste, c·est-à-dit·e la seule force de foi que nous puissions utiliser pour son bien à l'intérieur, pour sa défense au dehors. li a transporté sur ce dogme le dévoùment, le loyalisme, la tendresse na\ve que ses pères prodiguaient à une race royale. Il dit, comme le Strozzi de Loren- ::accio: - • La République, il nous faut ce mot-là. Et quand ce ne serait qu'un mot. c'est quelque chose, puisque les peuples se lèvent quand il traverse l'air. » - JI semble en vérité qu'adversaires et défenseurs du mot s'entendent pour le rapetisser: les uns par leur entêtement à croire qu'on peut encore l"arrncher à l'âme française, par leur obstination à le ravaler dans un parti; les autres, par leur âpreté à le revendiquer comme l'enseigne exclusive de ce parti. Tels des enfants qui prétendraient supprimer ou accaparer pour quelque3-uns d'entre eux la lumière du soleil, alors qu'il est au zénith. Si l'on dépensait au dehors l'ardeu,· gaspillée au dedans à ces luttes bywntines, le mot serait vite anobli, incontesté; au-dessus des monarchies menacées qui nous entou1·ent, le nom de la République française sonnerait comme sonnait jadis celui de la République romaine. Pour le moment nous nous débattons dans toutes les bassesses de l'Enrichisse:::-vous de Guisot, du Chacun pour soi de Dupin. et comme aux temps de la royauté orléaniste et du second empire, tout est sacrifié aux bas intérêts particuliers, aux âpres rapacités individuelles. Aucune lumière ne brille, si bien que ne voyant poindrr (en dehor-, du socialisme qne la majorité ignore) nul idéal social de conduite. nulle aspiration commune vers le mieux et ne comprenant pas que la presse aussi a été pourrie par la haute banque, « l'opinion publique continue de demander des directions de pensée à ce qui n'est plus qu'une grande usine industrielle. A ses débuts, lejournal était une idée pure, l'arme coùteuse d'une cause politique ou littéraire. Par une évolution inévitable, il est devenu une branche florissante d'industrie. Chaque fois qu'une force neuve apparait dans le monde, l'intérêt, ce premier mobile de l'homme, n'a pas de cesse qu'il n'ait capté cette force
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==