La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE PROLÉTARIAT AGRICOLE G67 LE PROLÉTARIATAGRICOLE()) Le prolétariat se partage en deux éléments non seulement distincts mais opposés, on peut même <lire réciproquement impénétrables: il y a le prolétariat des villes et celui des campagnes. Tous les deux sont essentiellement intéressés au succès <lela Révolution, tous les deux iniquement foulés par l'exploitation du régime capitaliste. La législation concernant les baux et fermages n'est pas moins abusive que le système de lois sur les coalitions et grèves d'ouvriers et les rapports des salariés avec les patrons: elles ne mettent pas moins le fermier à la discrétion du propriétaire qu'elles ne livrent le travailleur industriel à la merci de ses exploiteurs. La sincérité des rapports économiques, les droits du travail producteur sont d'un côté comme de l'autre effrontément violés. Les deux classes laborieuses ont également supporté pendant un demi-siècle, à l'exclusion des riches, l'impôt sanglant et dépravateur de la conscription militaire. Mais par un désaccord étrange, tandis que la classe ouvrière, consciente de l'iniquité dont elle pâtit, est l'habituel organe de la revendication, la plèbe rurale fait au confraire la force aveugle dont dispose la réaction pour écraser le peuple des villes ou pour déjouer les effets de ses victoires momentanées. Cette anomalie, disons-le, tient à ce que jusqu'ici la Révolution n'a pas su, faute de se rendre compte des moyens qu'elle a clans sa main, se rattacher cette masse de quatre ou cinq millions d'exploités ruraux, dont l'énorme appoint la rendra, dès qu'elle saura vouloir le mettre de son côté, absolument irrésistible. Mais, pour qu'elle réalise cette conquête décisive, il faut que les coups (1) Extrait de l'œuvre posthume de notre cher et ancien collabornteur Emile Leverdays, dont le troisième volume est sous presse. (G~orges Carré, éditeur, 58, rue Saint-André-des-Arts).

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