La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

598 LA HE\'UE SOCIALISTE tout brodé sur un fonds moyen-âgeux et table ronde, d'où s'exhale un vieux parfum de mysticisme, qui remplace l'encens catholique. J'aime mieux cette rose de pureté (la rose Croix !) quand elle prend pour drapeau Léonard de Vinci, ou encore quand elle proclame son éclectisme : " Venez pécheurs, mais poètes ; mécréants, mai.~ enthousiastes ;former la confrérie, etc. Venez1,1êmeBrahmf's, même rabbins, même musulnians, donner votre part de lw11iè!-eet1·/>cevoilra clarté d'autrui» . • • • Pas de clou aux Champs-Elysées ; à moins que l'on ne considère comme tel, le tableau commémoratif du voyage de M. le Président de la République, à Boulogne-sur-Mer, de Schommer_ C'est une grande machine, gourmée, plate, sans vie et sans air ; bien qu'elle ait des prétentions de plein air. Décidément, les scènes officielles ne portent pas bonheur aux artistes. Mieux vaut une bonne photographie qu'une peinture médiocre. Du reste, l'Art. enrégimenté, commandé, quoi de plus absurde ? de plus contraire au libre épanouissement du talent, qui veut surtout la spontanéité • et l'imprévu ? Soyons juste, cependant ; dans cette œuvre de Sclwmmel', la perspective lointaine est bien observée ; la mer n'est pas en carton trop officielle, et certain sergent de ville, a un geste expressif pour repousser et embêter la population. Quand au pauvre Carnot; il est littéralement embroché sous ses décorations, mais à qui la faute! Sa suite, ses voitures, la foule! n'en parlons pas ; c'est du décor sans relief. Cette foule ne crie pas, ne remue pas, et a oublié son enthousiasme de commande, au fond du bassin de Boulogne. En somme, aux Champs-Elysées nous voyons des œuvres sages, bien brossées, pondérées, mais peu suggestives. Elles ont en général un air de langueur et d'ennui ; le souffle. manque ; l'inspiration est brisée, arrêtée. Il y a bien entendu d'heureuses exceptions ; les yeux sont rafraîchis par des nudités. pures et bien dessinées ; par des torses vigoureux aux muscles. accusés ; par des paysages verdoyants, des cieux limpides ou nuageux, des flots mouvementés ou calmes, des fruits appétissants~ par des drames poignants où l'idée se fait jour avec une réelle puissance. Evidemment la concurrence produit un bon résultat. Des. essais de vie plus intense, de lumière plus étudiée se font jour, même dans [P monde officiel. Mais ce qu'il est difficile de découvrir, c'est une œuvre complètement belle. Beaucoup d'appelés, peu d'élus. Il est bon de signaler à propos de couleur : les Boucanierit de Brangwyn, un anglais ; le ton est riche, violent même, et

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