La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

MAURICE RITTIXGHAUSE::S- 579 par la conspiration du silence ce qu'il eùt été bien moins aisé de rcfuter par la raison. Ce n'est qUf, depuis que le socialisme en impose par un accroissement encore inaltendu, même il y a dix ans d'ici, qu'elle commence à se départir un peu de ce système barbare. Dans ce teinps Rittinghausen pouvait encore s'estimer heureux, quand un journal comme Ln Gazetlf' génémle cl'A..11gsbo11rg, le prenait violemment à partie dans un article de fond (17 novembre 1852) d\sant : (< Mais cette insigne folie de la Législa- « tion directe était m6me trop extravagante pour les autres « chefs de la démocratie et à la seule exception de Victor Coasi- « dérant ils se déclarèrent tous ses adYersaires ». Déchu de ses espérances dans un pays, Rittinghausen. se rabattait sur un autre. S'adressant à toutes les nationalités il recevait d'ordinaire dans toutes les langues la mème décevante réponsr : « Ah bah I laissez donc, c·est une uto11ie ». Tout autre, moins convaincu, se serait laissé décourager, mais confiant dans l'inexorable logique de l'évolution historique, il répondait : « Qu'ils le veuillent ou non, ilfa11dl'(l qu'ils y viennent». Il fit beaucoup pour ranger les ouvriers de Cologne sous le drapeau de la démoaatie et s'occupa pendant de longues années avec une ardeur infatigable de leur éducation politique. ~lais bien sou~•ent il vit le groupe qu'il t\tait parvenu à former se fondre et se renouveler. Car dans cc temps le parti socialiste était bii>n petit, dédaigné des autres pour sa faiblesse et l'on trouvait tout aussi peu qu'aujourd'hui ù. y récolter les biens de ce monde, avec moins d'encouragement moral, car la perspective du succès paraissait bien plus éloignée. Beaucoup parmi les jeunes se laissaient entrainer quelque temps par une ardeur inconsidérée qui leur attirait mille prrsécutions sans profit pour la cause, puis sortaient un jour de prison complètement màtés ou changés en réactionnaires. D'autres, aux prises avec les difficultés matérid les de la vie, pensaient à femme et enfants et abandonnaient un parti où il n'y avait à récoltrr que privations et souffrances et qui exigeait de ses disciples le sacrifice absolu de leur intérêt personnel. Rittinghausen fut un des premiers adhérents à rrnternationale; mais là aussi l'antipathie d'une fraction, alors encore très nombreuse des socialistes, pour les questions politiques lui causa de grandes difficultcs. Au Congrès international de Bàle, malgré un discours remarquable, dans lequel il objectait à ceux qui attendaient tout d'une révolution sans se faire un plan politique déterminé pour le lendemain, .qu'ils la verraient périr misérablement comme celle de 1848, s'ils n'étaient pas fixés très

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