La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

5G6 LA REVUE SOCIALISTE sont habitués à jouir de la vie, ne comprennent pas la vie ? M. F. Passy, de l'Institut de France, dans une conférence donnée à la Société des sciences politiques et sociales, à Bruxelles, en opposition avec celle faite par Jules Guesde sur le Collectivisme, nous dit déji1 : « Enfin, je ne vois pas, jusqu'à présent, que nous soyons pour la plupart, très disposés it faire abandon de notre personne et de nos biens, petits ou grands, ida collectivité ... L'homme est, par nature, un animal propriétaire ; mais, quand les hypothèses les 1;lus optimistes sont exclues, toute l'expérience est réduite à détacher da l'organisme social une part minime, de l'isoler, et de la placer clans un état de développement primitif, ou qnand elle ne sera pas isolée complètement de la laisser dans les conditions premières malgré son autonomie complète .... Certainement c'est le moyen le plus efficace de canaliser les agitations socinlistes et de combattre « les utopies» de ceux qui luttent pour établir une organisation harmonique dela société,organisation dans laquelle chaque indiYidu puisse trouver l'assurance et le bien-être.>> Cette analyse rapide est suffisante, me semble-t-il, pour nous éclairer entièrement sur la valeur de pareils projets, et pour nous dispenser de tirer des conclusions ou d'avancer plus loin. Le défaut de la méthode des expérimentalistes de bonne foi de la bourgeoisie, est qu'ils restreignent trop le domaine de l'expérimentation. Il est certain que l'intérêt de classe, qui se réflète dans leur cerveau et qui domine leur être entier, ne leur permet pas de mettre en application la méthode dans toute son étendue. ('omme s'ils ignoraient tout à fait que la question politique est maintenant absorbée par l'économie, et que les questions économiques ne sont pas susceptibles de localisation, les oxpérimentalistes de la bourgeoisie entendent appliquer la méthode presque seulement aux réformes politiques pures, et, ce qui est encore pire, dans ce domaine même, avec beaucoup de réserves. Or,il est suffisamment démontré aujourd'hui que la question sociale, qui fait l'objet de la politique à deux faces, l'une politique, l'autre économique, et que de la solution ùe celle-ci plutôt dépend la solution de celle-là. La méthode doit embrasser l'ensemble des faits sociaux, et, si elle est contrainte de les prendre un à un, elle ne peut pas les isoler de la synthèse dont ils font partie. Ainsi, seulement, elle pourra être de quelque utilité en pratique politique. Quelle argumentation plus sérieuse pourrait-on opposer à l'argumentation de M. Eugène Fournière développée dans une étude spéciale publiée dans la Revue Socialiste : <r Les réformes politiques isolées des réformes économiques qui leur servent de corollaires, ne peuvent qu'augmenter l'écart constaté entre le progrès politique et la rétrogradation économique pour le plus grand nom-

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