508 LA REVUE SOCIALISTE Tout ce que la sociêté est en dl'oit d'exiger de chacun de ses membl'es est de ne point S\VOilu' ne famille sans êtl'e en état de la nourl'il'. Cette maxime peut être pl'escrite comme un devoir positif. C'est cela que Malthus appelle la coptl'ajnte mol'ale. - Ce que de Maistre (<lu Pape, 1. Ill, ch. III, 3) appelle • l'estreinte morale,,. li a donc pl'èché le célibat poul' le pauvre. 2• La seconde loi • c'est que les souvel'ains doivent s'efforcer de diminuer les naissances dans le peuple. » JI faut abolit' toutes les institutions qui encouragent la population •. (M. Tanct'êde Rothe croit que cela ne vise p~s la sanction des testaments et la succession légale). • L'autol'ité doit refuse!' l'assistance aux enfants nés d'un mariage pauvre •. Cn gouvernement doit évitel' de recoul'ir à des menaces légales pour contraindl'e un séducteul' sans ressources à épouser la fille indigente trompée par promesses de mariage. « Si un homme a abusé la mère de l'enfant par une promesse de mariage, il s'est l'en<lucoupable <l'une fourberie très noire et mérite un sévère châtiment, mais je ne saurais me résoudre à celui de lui infliger un second mensonge qui n'aura probablement pour effet que de rendre très misérable celle à laquelle il sera nni par d'éternels liens, et de charger la société d'une nouvelle famille d'indigents. » )1. Rothe remarque que Malthus a protestè de son désir « d'améliol'el' le sol't et d'augmenter le bonheur des classes infél'ieul'es de la société. » Acceptons cette analyse, admettons la sincérité de Malthus, mais voyons maintenant ce qu'en dit M. Rothe et ce que nous pouvons en pense!'. l\I. Rothe n'est pas très certain de la loi fondamentale du système Malthusien (et il a raison d'en douter). Mais il admet que la survenance des enfants est bien la cause principale de la misère! - Nous savons qu'il existe une raison bien autrement péremptoire (la mauvaise répartition des charges sociales)! M. Rothe repousse le célibat du pauvre. - Nous n'envisageons point eette question sous le même angle que lui, mai~ en principe nous sommes d'accord. ~I. Rothe annonce qui, p0ul' obéit' li cette loi, il faudrait avoir perdu l'espoir de fonder une famille non misérable, ou être certain d'éviter l'incontinence. Son premier point nous parait le plus décieif. - li est d'autant moins permis de ne pas avoir l'espoir d'amélio,·el' son sol't que l'évolution sociale dëpend surtout de l'énergie individuelle. La loi natul'elle commande la procréation, et ce n'est pas sans raisons que le monde manque d"égards,pour ceux qui, pa1· mollesse ou avarire, recuient devant les charges de la famille. Où en s~raient au reste actuellement les nations, si le peuple .avait été astreint à subir une telle loi. Le souverain n'a donc aucun droit d'abolir pour les pauvres la pl'opagation de l'espèce. Et c'est une \'él'itable .absurdité que cette idée de Malthus. Quant à l'obligation de ne pas assister les enfants pauv,·es, i\l. Rothe pl'oteste également, et il a raison. N'est-ce pas le devoir d'une ~ociété assez mal organisée pour que la répartition des charges ne soit pas é,zale. Nous admettons volontiers, par contre, la protestation de lllalthus contl'e Je mariage forcé. Le séducteur doit être puni, mais l\Ialthus a raison d'estime!' que la punition par le mariage est un châtiment tombant à faux, car il est admissible qu'à de bien rares exceptions, la femme souffrira davantage par la suite, en compagnie d'un homme qui ne l'aime pas. Cette analyse nous fournit un enseignement qui n'est point à dédaigner: c'est que les économistes bourgeois sont Vl'aiment mal venus à invoque!' la loi malthusienne. Elle est contre eux une arme réellement terl'ible à bien l'envisager. Car, en effet, si l'on admet la sincérité de l'économiste anglais
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