• LA SITUATIOX EN BELGIQUE 475 convocation qui leur était indispensable pour voter. Ailleur;:;, les ouvriers craignant qu'on ne les dénonce en remettant leurs circulaires aux patrons, ont exigé que le Président du Bureau de vote • les brî1le en leur présence. Il s'est trouvé, parmi les visiteurs des pauvres, membres de la Société de saint Vincent-de-Paul, un certain nombre de mif;érables qui n'ont pas craint de proposer aux meurt-de-faim quïls entretiennent, de vendre leur droit de vote pour quelques bons de pain. Malgré tous ces efforts cependant, l'opinion publique s'est victorieusement affirmée, grâce à la fiévreuse propagande des militant!:! de la démocratie. Combien de g.ens n'y a-t-il pas en effet qui, malheureusement, ne lisent jamais un jonrnal ? Pour faire pénétrer l'idée du droit de suffrage dans tous les cerveaux, les propagandistes sont allés de maison en maison. Tous les murs se sont couverts de petites affichettes. 11y a eu des meetings en plein ai1· le soir, dans toutes les impasses. D'autres sont allés clans les grands cafés de la ville, pour faire appel à la bourgeoisie, et, chose étrange, cette évocation du Droit dans les milieux indifférents d"habitude, recevaient partout un cordial accueil. Quand l'orateur montait sur une table, et prenait pour quelques instants la parole, les joueurs de ·cartes et de dominos s'arrêtaient, les billards étaient abandonnés, et pendant quelques instants, cés oisifs s'élevaient à la conscience de la justice. Partout, d'ailleurs, le même phénomène se produisait. Je me souviens, le jour même du referendum, avoÎI' fait un meeting en plein air, sous le porche d'une église, au sortir de la grand'messe. 'l'ous les fidèles s'étaient attroupés et· écoutaient en silence. Puis des applaudissements éclatèrent, et un grand nombre d'entre eux s'en allèrent voter. Ajoutons qu'au point de vue socialiste, cette propagande a eu les plus heureux résultats en faisant pénétt·er nos idées dans des milieux jusqu'alors indemnes. A côté des hommes du Parti ouvrier, des bataillons disciplinés de l'industrie de fabrique, on a vu paraître pour la première fois, un peuple nouveau: Le PAUVREest sorti des impasses! On a vu descendre dans la rue, le 26 février, des gens que l'on n'avait rencontrés, aux jours des agitations populaires.Les ouvriers sans travail, qui ont été porter des convocations dans les mansardes et les caves du quartier des J1.arolles, et qui se croyaient eux-mêmes des pauvres entre les pauvres, nous disaient qu'ils avaient été pris d'une inexprimable pitié au spectacle de misères cent fois plus grande que la leur! Au jour du vote, ils sont tous venus, ces pauvres claque-sabots,
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==