460 LA REVUE SOCIALISTE Il salue à droite, il salue à gauche de son air de grand enfant timide. Sa figure molle où dort un vague sourire est baignée d'une sueur qu'il éponge d'un coup <lemouchoir. Il est si gras, si obèse que le poids de son ventre déséquilibre le reste <le son corps, lui donne un balancement rustaud. li a la physionomie honnête, mais aussi l'air peureux d'un homme naïvement dévot. Necker naturellement est salué par de nombreux vivats. Pour la reine, ce sont des murmures et des injures· qui montent de la foule. On la méprise l'amie de la princesse de Lamballe et de la Polignac « une foutinette et pas autre chose !... » Après la fête officielle maître Lhenry entraîne ses amis vers son chez lui, et tout en déjeunant on cause . .M. Madinier exprime alors les misères des paysans. Et cette conversation familière est réellement une éloquente peinture des misères rustiques. Dans la Bresse, les manants mangent de l'herbe, de la luzerne bouillie avec un peu de son. Les vignerons jettent leur vin ii la rivière parce qu'ils ne trouvent pas à Je vendre et qu'ils doivent payer tant par pièce à la ferme pour le garder. On ne peut pas aspirer à un peu de prospérité, car ii la moindre apparence d'abondance le receveur des tailles arrive et réclame l'impôt. On ne répare plus les chaumières, de crainte de payer une redevance plus forte. Les villages sont sales et tristes. On laisse tout aller à la débandade. Les loups viennent visiter les étables, on les laisse faire. Il faudrait pour faire cesser tout cela, un impôt unique, qu'on abolisse les péages, qu'on supprime les privilèges nobiliaires - les capitaineries de chasses entre autres. Ah ! les monstruosités féodales, la capitation, la taille, le taillon, les vingtièmes, la dûne, la censive, la g-abelle, les aides, le tabac ! Et la corvée donc ! Comment le paysan peut-il vivre, avec tout cela! Quand on pense qu'il y a encore des serfs en Franche Comté ! Est-ce que ça ne va pas disparaître toutes ces horreurs? Si, si ! n'est-ce pas, les Etats vont faire de grandes choses ! .Avait-on raison de se réjouir tant? Il semble qu'on a crié trop tôt au bonheur, M. Madinier l'écrit un peu après cette fête à un de ses parents de province. Les communes veulent la réunion des trois ordres, et la noblesse et le clergé s'y opposent. La Cour appelle des régiments ... Dans tout ce tohubohu, les affaires de France ne vont guère. Le 24 mai, pourtant, la noblesse renonce à tous les privilèges d'impôts, manœuvre habile mais trop tardive. Le 26 mai, les électeurs de Paris viennent se joindre aux communes, qui applaudissent surtout M. Bailly et l'abbé Sieyès. Le 28, M. de Mirabeau, propose au Tiers l'envoi d'une
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==