456 LA REVUE SOCIALISTE franç·aise, le boucher Chappaz et ses deux fils, maitre Auriol le perruquier, le maçon Bouteculot, Crépieux le libraire, Jacques Sandrin le républicain, Thérèse, Madame Conche et cette libertine de Nicole « qui brûle déjà d'aller danser des gargouillades dans les bals de guinguette en compagnie de quelque faraud du quartier >>. Maître Lhenry, un vieux parisien, est revenu pour quelques heures de Versailles, où il vient d'établir une boutique d'horlogerie en prévision des Etats généraux et se dispose à repartir. Demain, c'est là-bas grande fête, la réunion des députés, et maître Lhenry a tenu à inviter ses amis à assister aux réjouissances. Ah ! cette réunion des Etats, c'est la grande affaire ! Et dame, le père Lhenry a beau dire qu'il ne veut pas manquer le coche, les amis le retiennent pour causer. Et puis, c'est fête aussi, aujourd'hui lundi 3 mai. Il fait un beau soleil - le prPmier beau jour de l'année, la veille encore on bourrait le poële - et la gaîté tonne et la rue toute entière s'en emplit, au coin de chaque allée retentit un fracas d'allégresse. Le vieux faubourg n'est pas beau pourtant, jugez-en : (< Basses, laides, sordides, les maisons s'alignent sur les deux côtés de la chaussée boueuse et cahoteuse, disposée en pente avec un ruisseau roulant une lie épouvantable où se vautrent des marmots pieds nus et en culotte fendue par derrière. Et ces maisons, percées d'étroites fenêtres sans appui, à vitres de plomb, émaillées de loques risibles, s'accoudent à d'autres plus grandes qui sont des couvents à plusieurs habitations blanches, où des jardins fleurissent. Des entrées puantes, des boutiques écrasées, engoncées, quelques-unes en sous-sol, noires comme des caves, chacune fermée par la demi-grille de _boisou la petite porte à grelot. » Mais le soleil est si radieux ce jour-là ! On se repose et on s'amuse ... ceux qui peuvent ! <( En groupes, assis sous les porches,causant devant les allées, des compagnons rongent le dé~œuvrement dominical, leur bourse étant trop légère pour qu'ils puissent jouir de la fraicheur du vin bleu, de la distraction du loto, de la séduction des filles. De nombreux ouvriers en meubles, vêtus de vestes propres, coiffés de chapeaux clabauds sur leurs cheveux en queue, des charpentiers nue-tête, en culotte bouclée mi-partie d'étoffe et de peau, sans pourpoint, un cœur d'argent fermant la chemise, ùes maçons en « pantalons » ouverts dans le bas, la chevelure tordue sur la nuque, les yeux disparaissant sous des coiffures de cuir à farges bords ; des hommes du port penailleux et sans chaussures, l'encolure très ouverte, exposant l'ossature des épaules et la poitrine velue, mal peignés, la figure habillée de barbe, restant bras bal-
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