HO LA REVUE SOCIALISTE sont les premiers à reconnaître l'insuffisance de lem·s moyens d'action. Quelques enquêtes, fragmentaires et incomplètes, et un recensement industriel, qui date de 1880 et ne s'étend pas à toutes les industries, voilà tout ce que nous possédons pour nous rendre compte de la situation des travailleurs belges dans ces dernières années. Nous ne savons même pas le nombre des ouvriers, l'importance de la population industrielle! L'an dernier, à la Société d'études sociales de Bruxelles, MM. Denis et Graux ont discuté· ce dernier point pendant deux longues séances, sans parvenir à se met'tre d'accord. A la fin du débat, il y avait, dans leurs appréciations, un écart <le six cent mille hommes! Si l'on connaît plus exactement le chiffre de la population de Pékin que celui des ouvriers industriels et agricoles de Belgique, que sera-ce donc pour des questions plus délicates et plus complexes, la durée du travail, par exemple? Le recensement industriel de 1880 constate que - clans les principales industries - ~8,40 % des ouvriers (147,477) travaillent 12 heures et plus, mais rien n'indique s'il s'agit de la durée du travail effectif ou bien de la durée du séjour à l'usine. C'est seulement en faisant des obser· vations personnelles dans un grand nombre de fabriques que l'on acquiert ce~te tristé conviction que les chiffres officiels se rapportent à la durée du travail et impliquent, par conséquent, 1:-:o\ u 14 heures de séjour à l'usine. L'enquête publiée récemment par la Direction de l'industrie confirme cette conclusion - qui avait été vivement contestée au Congrès d'Anvers - mais elle ne fournit aucun renseignement sur le sort de la partie la plus misérable de notre population ouvrière, celle qui habite dans des localités ou des Conseils de l'industrie et du travail n'existent pas encore. La nécessité d'enquêtes permanentes et générales, dirigées par des statisticiens de profession, se fait donc vivement sentir dans notre pays. Nous restons, à ce point de vue, au dernier rang des peuples occidentaux. L'Autriclie ot l'Allemagne, il est vrai, ne possèdent pas non plus d'organes spéciaux pour la statistique du travail; mais l'administration centrale des Assurances ouvrières y supplée dans une assez large mesure et fournit des renseignements précieux sur le taux des salaires, le nombre des journées de travail, la répartition des ouvriers dans chaque profession, etc. Partout ailleurs - je parle, bien entendu, des pays où l'industrie a pris un grand développement - il existe des Oifiœs ou
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