40 LA REVUE SOCIALISTE par le concile ùes évêques de Québec, av~it, sans la moindre pr~- Yocation, lancé un manùement des plus virulents contre les partisans de Powderly. L'effet avait été énorme et avait diminué prodigieusement, au Canada, le nombre des Chevaliers dont beaucoup, d'origine écossaise ou irlandaise, étaient de fervents catholiques. Pendant que M. Taschereau les attaquait ainsi, M. Gibbons publiait un mandement contraire et portait la question à Rome. Cette tactique avait pour premier résultat qu'une bonne partie des Chevaliers canadiens n'abandonnaient pas complètement leurs relations aveç l'ancienne société et désireux de se ménager une porte de rentrée attendaient tranquillement la décision de Léon XIII. Celle-ci ne tardait pas à se manifester par une approbation absolue des déclarations de M. Gibbons, et peu de temps après, aux fêtes, de Pàques de l'année suivante, M. Taschereau, sans retirer positivement son premier mandement, se voyait obligé d'en adresser un autre donnant aux Chevaliers l'autorisation de communier. C'était les reconnaître implicitement ; néanmoins, le coup avait été porté et les rentrées furent peu nombreuses. En revanche, aux Etats-Unis, l'Orùre n'avait pas eu à subir les mêmes attaques, et la décision cleLéon XIII ne fit qu'augmenter son prestige et son infiuence. Bientôt du reste, l'archevêque de Baltimore, donnait un nouvel appui aux Chevaliers et appréciait ainsi la situation qui rendait nécessaire l'organisation ouvrière : « Qu 'il y ait chez nous, comme dans les autres pays du monde des maux sociaux graves et menaçants, les injustices publiques qui réclament une résistance ferme et un remède légal, c'est ce que personne n'ose contester et ce dont la vérité a déjà été reconnu par le Congrès et le président des Etats-Unis. « Sans entrer dans les tristes détails de ces torts, ce qui ne parait pas nécessaire ici, il suffit de dire que les monopoles exercés par des individus et des corporations on déjà provoqué non seulement les plaintes des ouvriers, mais aussi l'opposition des hommes publics et des législateurs du pays : que les efforts de ces « monopolistes » pour contrôler, non parfois sans succès, la législation à leur propre profit, causent beaucoup d'inquiètude aux amis désintéressés de la liberté ; que « l'avarice sans cœur » qui, pour plus gagner, écrase impitoyablement, non seulement les ouvriers de plusieurs métiers, mais spécialement les femmes et les jeunes enfants, fait comprendre à tous ceux qui aiment l'humanité et la justice, que ce n'est pas seulement le droit des travailleurs de se protéger, mais l'obligation du peuple entier de les aider à trouver un remède pour les dangers dont la civilisation et l'ordre social sont menacés par l'avarice, l'oppression et la corruption.>
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