La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

394 LA REVUE SOCIALISTE :\fais les radicaux, où sont-ils? qui les voit? qui les entend? Distingue-t-on seulement l'ébauche d'un mouvement d'organisation_? Ils semblent accepter avec humilité les coups de la destinée et se résigner à l'écrasement qui les menace entre l'avalanche socialiste et la plaine gouvernementale. En vérité, jamais on n'aura vu un tel manque de caractère, se traduisant par l'abdication dans le succès et par l'absence de ressort dans l'infortune. • " . Faut-il faire une distinction pour les radicaux-socialistes? Quel magnifique rayon ùe soleil salua l'aurore de ce groupe! Il y a quelques dix ans, les communards, retour du bagne et de l'exil, venaient leur apporter leurs illusions toujours vivaces, leur foi qui n'avait pas faibli. L'Alliance Socialiste se forma. Le programme était modéré, sa,ns cai·actère doctrinal. Mais il répondait, on ne peut mieux, aux tendances moyennes de notre démocratie. 11représentait le minimum des revendications idéales, et le maximum de celles qu'on pût atteindre présentement. Nos amis Theiss, Longuet, etc., en furent les inspirateurs. Clémenceau en fut l'interprête dans son discours de Marseille. Les radicaux socialistes sc l'approprièrent. L'effet fut énorme. L'Alliance Socialiste n'est plus; mais elle n'a pas été sans profit. Sa première utilité est d'avoir préparé l'éducation socialiste d'une masse électorale jusque-là fort ignorante. La ser;onde, qui, elle non plus, n'est pas sans prix, a été de fournir un tremplin à une élite de baladins politiques qui ont donné la mesure de leur valeur et ont cessé d'être un danger. Dans cette élite qui parvint alors à accaparer la confiance publique, nous constatonR, non sans plaisir, que les communards ne figurent que par leur absence. On acceptait les idées, mais on n'acceptait pas les hommes. Pour conquérir la faveur électorale, la condition sinP quà non consistait à se dire communard, mais à ne l'avoir jam.ais été. Des gens qui avaient tout bravé et tout souffert, qui possédaient à leur dossier une paire de condamnation à mort, sans compter les travaux forcés, il fallait s'en méfier. Mais d'autres, porteurs de queues de paon et fabricants de boniments de foire, furent jugés les plus dignes. A défaut du casque de Mangin et de sa cuirasse on vit reparaître, à la devanture de la barraque, le chapeau Bolivar et le gilet Robespierre. Le succès fut ie même. Pendant une longue série d'années, le plus parfait représentant de cette catégorie d'hommes d'Etat occupa les deux plus

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