390 LA REVUE SOCIALISTE que lui - toutes les oies du capitole donnent avec un bel ensemble, pour dénoncer un prétendu complot, ourdi entre socialistes et conservateurs. C'est du toupet ! Les socialistes ont été les premiers au combat pour conquérir la République, et ils travailleraient aujom-d'hui pour les monarchistes! Ils veulent détruire tous les abus de cette société et pour mieux y arriver, ils ne songeraient qu'à fortifier ceux qui sont au premier rang pour les défendre! Ils sont libres-penseurs et ils se placeraient sous le patronage du jotp·nal la Croix! Le baron Reille, de sinistre mémoire, disait au congrès des catholiques militants : « Dans la mobilisation électorale, il faut des soldats è't un chef. Ce chef, c'est le pape; il a des généraux et des lieutenants et parmi ces généraux, je salue le révérend père Picard ... Yous êtes l'armée catholiqne, les cadres sont faits ; cherchez de nouYeaux soldats ». Ues nouveaux soldats, où les trouver? Une voix a répondu, celle-là même qui se fit entendre jadis à la porte des couvents, ordonnant le crochetage des saints lieux et l'expulsion des saints pères. • Elle dit: « Les soldats, je les ai. Je n'ai qu'à frapper le sol du pied pour en faire sortir des légions. Quand j'ai eu besoin de lancer des anarchistes contre la statue de l\I. Thiers à Versailles, j'en ai trouvé. Vous voulez des socialistes? Rien de plus facile ». Et il lança cet ordre aussitôt répercuté par les cent bouches de la réaction : cc Conservateurs, votez ptiur les socialistes ; socialistes, vote:&pour les conservateurs ». Ce qui signifiait : Conservateurs, promette:& de voter pour les socialistes et les socialistes s'empresseront de voter pour vous. On eût dit la voix de Beelzebuth en personne. Les jésuites, qui sont des malins, se frottèrent les mains en silence. Les socialistes, qui sont des simples d'esprit, tournèrent le dos au tentateur et à ses complots infernaux. Dans la l'éunion du 9 mars, tenue à l'hippodrome de Lille, les orateurs socialistes répudièrent hautement, en présence de plus de 3,000 personnes qui les applaudissaient, toute arrièrepensée d'action commune ou d'entente possible entre les conservateurs et les socialistes, devant les urnes populaires. « Non, s'écria le citoyen Jaurès, nous ne voulons pas de coalitions avec la réaction. Ce ne serait pas seulement un marché honteux, ce serait un marché de dupes ».
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