La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

312 LA REVUE SOCIALISTE Né en lïûO, d'une famille qui, par les comtes de Vermandois, prétendait descendre de Charlemagne, Saint-Simon entra au serviee à l'âge de dix-sept ans; l'année sui vaute, il passa eu Amérique, et y fit, avec distinction, cinq campagnes, sous les ordres de Bouillé et de Washington. Il connut Franklin, et étudia l'organisation 1-,olitiquedes Etats-Unis dont il est souvent question dans ses ouvrages. C'est de cette époque que date sa tendance philosophiq uc : « Ma vocation n'était point d'être soldat, dit-il, j'étais porté à un genre d'activité bien différent, et je puis dire contraire. Etudier la marche de l'esprit humain, pour travailler ensuite au perfectionnement de la civilisation, tel fut le but que je me proposai, Je m'y vouai dès lors sans partage; j'y consacrai ma vie entière, et ce nouveau travail commença à occuper toutes mes forces (1). » A peine de retour en Europe, Saint..-Simooassista au début de la révolution française. Ce spectacle, à la fois magnifique et terrible, oc pouvait manquer de l'émou voir profondément; mais 50n regard, franchissant l'horizon vulgaire dans l'avenir comme dans le passé, sut en distinguer les véritables causes et en apprécier les résultats. Il vit, dans ce grand acte, la mise en pratique des théories fondées aux XY• et XVI• siècles par les réformatcnrs, popularisées par les philosophes au XVIU•, la destruction légitime d'un ordre moral et politique qui ne répondait plus aux sentiments et aux intérêts de la société; il reconnut, en mème temps, que cette crise, appelée à déblayer le terrain, ne portait en soi aucun germe de réorganisation, et prévit qu'elle ne serait définitivement terminée que par la production d'un principe nouveau de classilication sociale. Cette tàche immense, SaintSimon se donna mission de l'accomplir; et, tout entier à l'avenir, il trouva en lui la force de résister au courant révolutionnaire qui entrainait alors toutes les àmes sympathiques comme la sienne. Son premier soin fut de se procurer les ressources matérielles nécessaires à son œuvre. De vastes spéculations financières furent entreprises par lui et couronnées d'un plein succès: « Je désirais la fortune, dit-il, seulement comme moyen d'organiser un grand établissement d'industrie, fonder une école scientifique de perfectionnement, contribuer, en un mot, au progrès des lumières et à l'amélioration du sort de l'humauité. Tels étaient les véritables objets de mon ambition. » Voilà les pensées et les occupations de Saint-Simon, au moment ou tout s'écroulait avec fracas ët ses côtés. (1) Yoyez dans !'Industrie, ouvrage publié en 18lï par Saint-Simon, t. 11, les Lettres à un Américain.

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