310 LA REVUE SOCIALISTE Comme récompense de son courage, de hautes fonctions lui furent alors offertes; il préféra rester au rang des combattants et continuer avec la plume, la bataille des idees. Il rédigea et soutint de sa fortune, les divers journaux de l'école, le Précu,·sew·, le Glo~e, l'Organisateu1·. La foi de res nouveaux croyants était telle qu'un !jour Louis-Philippe fut sommé par eux de céder la place au père Enfantin. Cependant la désunion ne dernit pas tarder à éclater au sein de la famille Saint-Simonienne. La question de la femme fut la pomme de discorde. Les discussions durèrent des jours et des nuits, sans la moindre trêve. JI y en eut, qui s'évanouirent : on les emporta, sans q11ela discussion fut un seul instant interrompue. D'autres, tant l'exaltation était grande, se mirent à prophétiser. Olinde Rodriguez, raconte Louis Blanc, fut comme frappé d'apoplexie, parce que, demandant à chacun des membres s'il n'était pas vrai que l'Esp1·it-Saint fût en lui, Rodrigue-,, M. Reynaud ne lui avait répondu que par des paroles dïncrôrlulité. On ne put s'entendre. Ce que le Père appelait « la réhabilitation de la chair », Carnot le qualifia de • réglemenlDtion de l'adultère». C'est en 1831, que le schi~me éclata. Duveyrier, Fournel, Michel Chevalier étaient restés avec Enfantin. Carnot avec Bazard et la plupart des autres disciples s'étaient séparés du maitre. La destinée de ces derniers fut très diverse. Cai·not demeura !'écrivain philosophe et l'homme de dévouement qu'il avait été. En même temps qu'il développait les principes socialistes clans la Revue Encyclopé<lique, l'Encyclopt!die IYouvelle, la Revue Indépendante, l'homme de courage trouvait l'occasion de se manifester pendant l'épidémie de choléra, Je ré~olutionnai1·e reparaissait au procès d'av1·il, prêtant l'appui de sa parole aux accusés, enfin le républicain allait bientôt se réveiller au bruit de l'insurrection triomphante, en 1848. « Ele,·é dans le sanctuaire des vP,rtus civiques, écrivait-il dans la suite, inspiré par le républicanisme, j'ai appris de bonne heure à aimer la République; je l'ai désirée en 1830, je l'ai bénie en 1818 et je m'y trouve si bien qu'il me semble revivre dans la maison paternelle». Ministre de la République au lendemain de février, il s'entoure de saintsimoniens, s'applique à réformer le sort des instituteurs, à établir l'instruction gratuite et obligatoire. Une brochure socialiste, dont on lui attribua l'inspiration, provoqua sa chute. Il eut sa revanche en' 1850, en se faisant élire comme socialiste avec Vidal et de Flotte. Après le coup d'Etat, il s'exila volontairement. Elu de nouveau à Paris, à deux reprises, il refusa le serment. Lll révo!Ùtion du '4 septembre le fit maire du Vil]• arrondissement et le scrutin du 8 février !Sil Je porta à l'Assemblée National~, comme député de Seine~t-Oise. Il mourut au mois de février 1888. Tel fut ~et homme, dont l'esprit de modération et les tendances conciliantes s'allièrent harmonieusement à ia fermeté du caractère et à ta hardiesse de la pensée. Il a laissé à son ftls un grand exemple que celui-ci n'a que trop oublié. Rappelons encore que le socialiste Carnot avait vol;! l'amendement Grévy, contre la présidence de la République. C'est Ilippolyte Carnot qui fut chargé du premier résumé de la Doctrine Saint-Simonnienne. Le voici tel qu'il fut publié en 1831. C'est une rareté appréciable. V. J.
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