La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

288 LA REVUE SOCIALISTE désobligeamment en scène des socialistes russes affublés, en mauvaise part, du nom de Nihilistes. Les lecteurs de Qjiefaire? se firent l'épithète injurieuse d'un ennemi un nom politique, et ils l'ont inscrit sur le fronton de l'histoire, à côté de ces autres noms révolutionnaires : Ciompi, Gu 'UX, Tètes-ro11desS, ans-Culottes, Commu11ards, également donnés par de~ ennemis à des militants de l'émancipation humaine et qui n'en vivront pas moins honorés et glorieux dans la mémoire des ho)Times de progrès. Des centaines de jeunes gens voulurent imiler Lopoukoff et épou- ~èrent des jeunes filles, simplement pour les affranchir de la subordination familiale, pour les faire civilement libres. D'autres - et surtout les jeunes femmes - fondèrent, à l'imitation de Véra Pawlovna, des sociétés coopératives de production. Cependant Qjœfaire? devenait plus que jamais le livre de chevet de la femme russe. Comme il est dit du Jésus des Evangiles, ce livre porta la division dans les familles. Dans la plupart des cas, les parents proscrivaient le roman subversif; le résultat était toujours le mème : les enfants ne le lisaient qu'avec plus d'ardeur en cachette. Qµelquefois c'était plus touchant. (< Il n'a pas été rare, m'a dit une personne qui m'est chère et qui est origir.aire russe, de voir des mères converties au socialisme par leurs plus jeunes enfants. Moi-même j'ai été ainsi amenée au socialisme, en même temps que ma mère, par mon plus jeune frère. Ce dernier, le roman de Tchernichewsky à la main, expliquait à ma mère, à mes sœurs et à moi, dans ses moindres détails, la vie dans la société future, telle qu'elle est décrite dans OJ,e fi1ire? Qµclquefois des pas se faisaient entendre, c'était notre père ou notre frère aîné qui représentaient la réaction dans la famille. Tout aussitôt la conversation banale reprenait son cours et OJ,efaire? disparaissait sous les coussins du canapé. » Et les actes étaient conformes aux doctrines ; des milliers de jeunes des deux sexes se cotisaient pour payer les inscriptions des jeunes paysans intelligents qu'ils découvraient et ils se jetaient euxmêmes dans l'étude, avec frénésie, Puis, ils s'en allaient, instruisant le peuple ; d'autres (les femmes surtout) quittaient leur vie de luxe pour former des sociétés de production et vivre de leur travail, avec les ouvriers et les paysans, qu'ils s'étaient associés et qu'ils transformaient en socialistes. Ils leur annonçaient, d'après la critique économique de Tchernichewsky, que le double but à poursuivre pour le peuple russe est la liberté et la propriété collective de la terre .. Puis ils leur racontaient Q:œ {.zire? dont l'idée fondamentale est que lafemme doit être matérielle111e1i1t1dépeiidautdeu mari pour 11epas être sa serue dans la famille. Mais pour que la femme puisse être libre, en réalité, ajoutaient-ils, d'après (( le Livre », il faut que, de même que l'homme, elle ne reste pas

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