RJ-;GÉNÉRA.TION MORALE DANS L'AMÉRIQUE DU NORD 275 tion mise au service de l'Idéal est légitime et noble, car elle est nécessaire pour l'énergie, pour le succès; de même qu'il faut la fierté dans l'action, la soif d'approbation, cet instinct implanté en nous pour une grande cause, mais dont on abuse actuellement. L'éthique supérieure est vraiment une .force mol ,·ice - le lien dont les sages ont cherché à faire l'cwlorilé ! - cola se voit par son influence sur l'altruisme ou sentiment d(' co11Jral1'1'1!1Ïé. Ceci est donné comme 1·atio11nel, tandis que dans l'éthique courante ce n'est qu'une question de sentiment. De même que l'éthique supérieure fait de l'égoïsme une chose morale en rendant le « moi » digne d'estime, elle rend le sentiment de confraternité rationnel en regardant tout individu comme un instrument chargé d'avancer la destinée de l'humanité. En voyant que nos semblables sont néceissaires au progrès de l'humanité nous serons forcés de considérer comme essentiellement rationnel d'aider à leur bien-être et d'encourager l'émulation, c'est-à-dire de rivaliser avec eux de façon à ce que, quiconque gagne le prix, tous auront un bénéfice en ra1,port avec leurR efforts, et que la société gagnera par la réunion des efforts. Alors il nous semblera très rationnel de respecter nos vrais supérieurs, de souhaiter les voir nous diriger, de considérer comme une douce destiné€ de leur obéir et de les seconder, comme nous le faisons déjà, d'ailleur,;, dans les sociétés scientifiques et philosophiques. Et naturellement, dans l'intérêt social, nom; trailerons nos subordonnés exclusivement comme des instruments de la destinée sociale; nous rejetterons l'autorité personnelle et la dépendance individuelle, nous refuserons les serdces de nos concitoyens, à moins qu'ils ne soient motivés par l'affection ou le respect. Oui, même le sac,·ijice de soi-mê111P deYiendra rationnel. Le sentiment de l'humanité éternelle poussera nos compagnons sympathiques et héroïques à consacrer leur vie et à confondre leurs infimes tâches journalières avec la plus haute destinéo de l'homme, de sorte qu'au pins ils s'estimuont et admireront leur vie, au plus ils attacheront de prix à cette humanité et seront prêts à faire n'imporle quels sacrifices, car ce sera sacrifier leurs facultés les moins élevées à celles qui le <;;ontplus. La moralité 5era, pour la première fois, aussi indispensable au condamné dans sa prison, qu'au président dans son fauteuil. :Maisquand un homme aussi sage veut mettre en pratique ces principes, c'est-àdire viYre moralement, il rencontre un obstacle : il ll'ouve la chose impossible - et cela m'amène à mon troisième point de réforme, celle des conditions 11w1·ales. Notre organisation sociale défend à cet homme de mener une existence morale. La société veut qu'il fasse concurrence à ses
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