La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

262 LA REVUE SOCIALISTE prendre le masque de leurs adversaires, pour dissimuler leurs projets de restauration. Nul mieux qu'eux ne sait pratiquer la politique du prudent Ulysse et ùe son cheval fameux. On n'a pas oublié certaines conférences secrètes devant aboutir à confisquer la République au profit des amis de M. de Mackau. Il faut remonter au temps de M. Grévy pour retrouver le début cle cette opération qui eut l'approbation de M. de Cassagnac et que bénit le souverain pontife. Interrompue par l'entreprise boulangiste, elle reprit ensuite son cours. Le Panama n'a jeté quelque désarroi clans la poursuite de cette combinaison que pour lui donner une forme plus nette. La majorité républicaine disloquée, le gouvernement entier soupçonné de corruption et le président de la République convaincu de complicité : c'était la dislocation complète de ce qui avait représenté jusqu'à ce moment l'édifice républicain. La première partie du programme de la réaction se trouvait remplie; serrant les rangs plus étroitement, elle s'affirma comme le 11oyaude la future majorité. La conférence de Lille à la fin de janvier, eut pour but d'annoncer au pays le mouvement de concentration à droite. Sous les auspices de M. Etienne Lamy, uu nouveau parti se révélait, composé de républicains« honnêtes et indépendants »qui pousseraient l'indépendance jusqu'à donner leur vote aux monarchistes et le désintéressement jusqu'à livrer la République à Philippe VII. Les organes monarchistes célébrèrent avec transport ce « mouvement tournant l> exécuté par des républicains pour achever l'écrasement de la République et le Soleil salua victorieusement la nouvelle sainte-alliance à laquelle il recçmnaissait trois chefs : « M. Lamy, qui dirige les républicains libéraux; M. de Mun, qui dirige les républicains catholiques; M. Piou, qui dirige les conservateurs ralliés à la République.» « Il y a là certainement, ajoutait l'organe du comte de. Paris, un faisceau de forces puissantes. Cette nouvelle alliance peut lutter contre la vieille concentration républicaine discréditée par les scandales du Panama. » Pour facrliter le triomphe, le 8o"leil conseilla à cette coalition « d'élargir encore son programme » trop républicain selon lui et « d'adopter un mot de ralliement, que puissent accepter les monarchistes, les antisémites et les catholiques non républicains >J. Plus tard, le spectre socialiste et l'appétit aidant, les opportunistes, à leur tour, ne manqueraient pas d'emboîter le pas et la majorité de droite se trouverait constituée . • • •

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