La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LA. REVUE SOCIA.LISTE Yoilà ce dont il faut être d'abord convaincu. Après cela, on pourra philosopher, histoire d'égayer la descente . • • • Philosopher! loin de moi la pensée de médire d'une aussi noble occupation. :N''est-elle point notre meilleur soulagement daus la mauvaise fortune et dans la bonne, notre meilleur préservatif ? Si nous nous abandonnons aujourd'hui à la confiance, c'est que notre foi. loin d'être aveugle, est éclairée par l'étude des lois de l'histoire; si nous saluons avec bonheur la crise présente, c'ef!t que nous avons conscience qu'elle correspond au cours naturel des choses et qu'elle marque une étape importante dans l'évolution du progri>shumain. De même que la première Révolution nous apparaît comme l'aboutissement logique des luttes du Tiers-Etat contre la noblesse et le clergé, de même la ]:{évolution prochaine est l'inévitable aboutiRsement des luttes du quatrième Etat contre la bourgeoisie. Celui-ci comme celui-là n'a marché vers son but qu'entraversant des obstacles sans nombre, qu'en déployant des prodiges de constance et d'abnégation. D'une part comme de l'autre, quels difficiles commencements! quelle lente et pénible croissance ! quelle dépense d'efforts pQur accomplir le moindre pas! que de sang versé pour faire germer le moindre résultat ! quo d'habileté aussi et d'intelligence, quelle vue nette et clairvoyante du but i1 poursuivre et des moyens à employer! En suivant du regard cette double série pamllèle, il nous est impossible de n'en pas saisir l'analogie frappante et de ne pal'!en apercevoir le couronnement également néce1:1saire. Pour compléter la démonstration, jetons un regard sur l'évolution des classes privilégiées aux mêmes époques de l'histoire; et de part et d'autre, nous constaterons la même analogie, mais en Hens contraire; c'est-à-dire dans le sens d'une évolution régressive; nous assisterons aux mêmes abus, aux mêmes ruines, aux mêmes hontes,/\. la même décadence. Les institutions deviennent caduq trns et les lois impuissantes ; la séparation des pouvoirs est un mythe et l'indépendance do la magistrature est une dérision. La désorganiRation est partout et la corruption s'affirme comme principe de gouYernement. Le divorce entre l'intérêt du pays et l'intérêt des privilégiés atteint son point culminant. Le moment vient où tout ce qui est honnête et intelligent passe à l'ennemi. Philosophes et littérateurs achèvent ùe miner l'ordre établi; proclament l'avènement de l'ordre nouveau. Cette conspiration de l'intelligence décuple

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