La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

REYUE Dl':S LIVRES avenir, on peut l'affirmer, ne ressemblera guère aux p'ans rlrs utopistes et réformateurs contemporains; le socialisme aura beau modifier l'ordre tleM choses, il ne changera point de fond en comble la nature humaine. » Au lieu de refondre la société à son image, il sera transformé à l'image de la société. C'est là une des ,·ues les plus orignales et, à mou sen~, les plus rraies du lil're de :Il. Bourdeau. li y a a11fond de notre nature l'énergie du moi, puissance indomptable . qui à la longue fera toujours éclater les cadres trop ,·e,serrés d'une constitution sociale oppressil'e. L'écueil du socialisme t:st là. Renan a exprimé la même pensée dans une de ses dernières préfaces: « Cc qui parait maintenant probable, c·e,t que le socialbme ne finira pas. ?liais sùrement le socialisme qui triomphera sera bien différent des utopies de 18-18. Un œil sagace. en l'an 300 de notre ère, aurait pu l'Oir que le christianisme ne finirait pas; mais il aurait pu ,·oir que le monde ne finirait pas non plus, que la société humaine adapterait le christianisme à ses besoins, et d'une croyante destructil'C au pt·emier chef, ferait un calmant, une machine ~ssentiellement conser\'atrice. ~ Je ne sais si le socialisme d<l'\'iendra jamais unr ,, machine conserrntrice », mais il est él'ident. ainsi que le remarque très justement i\l. Bourdeau, <1u'il ne continuera à s'étendre, à prospérer, qu',\ la condition de se m,Juler sur l'esprit général et les habitude$ de chaque peuple. Bren que les socialistes allemands aient encore accentué, dans le de,·- nier programme d'Erfurth, les données marxistes dans la pratique électorale. ils ne méconnaissent pas cette impérieuse nécessité. En France, les derniers évènements, en particulier la campagne électorale de Carmaux, qui , ient d'aboutir au succès de :\1. Jean Jaurès, indi4uent également la te•1dance des socialistes à faire fléchi1· les doctrines absolues et à les accorder aux nécessités de temps et de lieu. Le programme agricole dP, :Il. Jean Jaurès, qui s'es bien gardé de contre carrer la passion si fortement incn,;,tée dau3 le cer\'eau du p«ysan, l'amour de la terre, de la propriété indi, iduelle, en est un exemple frappant. l .e li\'l'e de :.1. Bourdeau se termine par un aperçu historique et critique du nihilisme russe. Ces derniers chapitres ne sont pas les moins attrayants de cet ounage bien iuformé et agréablement écrit. E·udes pénales et sociales, par G. Tarde. - Storck. éditeur; Lyon. :\1. Tarde. l'auteur justement considéré de Criminalité compw·ée. des Lois cle l'ln1itation. a publié clans un fort volume de nombreuses études puhliées dans la Revw: pliilosophique. de :\1. Th. Ribot. Ces articles épars n'étant que l'application d'une méme doctrine à des actualités ,·ariée,. apparaissent ainsi rassemblés sous leur \'éritable jour et s'éclairent d'un mutuel reflet. lis ont trait à des questions du jour, aux problèmes agités par les criminalistes et aussi à des questions plus générales de sociologie. J'y irou\'e. dès les premières pages, une étude sui· le duel, très complète et fort intéressante. üne monographie sur l'ata,·isme moral. sur le délit politique, où :11.Tarde s'attache à combattre 3urtout dans leurs exagérations. les doctrines de Lombroso. Ce livre se termine par une étude sur le sulfrage universel, qui n'est pas la meilleure. Il n'est pas difficile, en effet, de mettre en relief les défauts du suffrage uni,·ersel. Ce qui serait plus juste, ce serait de donner les moyens de remédier aux inconvénients qui le ,·icient et aux conditions économiques et financières qui le mettent trop sOul'ent à la merci des faiseurs. Mais ce serait entreprendre le procès même de la féodalité financière, et ~I. Tarde ne pou mit, dans une étude de quelques pages, aborder ce grand problème. E. RAIGA,

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