La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE SENTIMENT DE JUSTICE 213 blables et par leur concours intime et incessant. L'homme isolé ne peut se concevoir. Les instincts de l'homme sont multiples aussi bien que ses sentiments, ses facultés intellectuelles, industrielles, artistiques et scientifiques. Entre tous les instincts, ceux de la conservation personnelle et de la reproduction sont les plus forts et les plus importants, si bien que les autres leur Yiennent en aide ou leur sont subordonnés. A son origine, l'homme nous offre une grande analogie avec l'animal: il en a tous les instincts, et à mesure qu'il se développe nous voyons surgir les sentiments. D'abord les sentiments les plus essentiels: celui qui lie les parents et les enfants ; celui qui unit les sexes ; celui qui rapproche les individus du même sexe ; celui qui groupe les individus clans un but d'intérêt ou de gloire, sentiment par lequel les uns se sentent entraînés et obéissent et les autres sont doués de façon à influencer leurs semblables par leurs capacités et leurs facultés, et à exercer sur eux une autorité plus oc1moins grande. Ces quatre sen timE>ntsp, rimitifs, essentiels peu ,·e11tse désigner <l'un mot, la famille, l'amour, l'amitié, l'ambition. A la suite de ces premiers sentiments nous en voyons apparaître de nouveaux, qui dépassent leur sphère limitée et rattachent l'homme à un plus grand nombre de ses semblables. ~otons soigneusement deux sentiments également primordiaux et qui se remarquent visiblement chez chacun de nous. Je veux parler du sentiment, qui est la base de la dignité humaine,que les psychologistes ont appelé estime de soi,et qui dans son excès a reçu le nom d'orgueil; puis de cet autre sentiment, qui est une base essentielle de la sociabilité, qu'on a désigné par ce mot app1·obativité ou besoin de plaire, d'être agréé et bien venu de tous, et qui dans son excès est connu sous le nom dtl vanité. Ces deux sentiments ont des racines profondes en l'âme de chacun de nous, s'y découvrent et s'y cachent sous mille formes. Elles composent l'amour-propre. Enfin se montrent les sentiments supérieurs, qui font la noblesse et l'honneur de notre espèce : la bienveillance, la pitié, l'amour de l'humanité, de l'ordre, du ju8te, du vrai et du beau. Nous devons tenir compte encore dans cet ensemble des facultés supérieures qui couronnent la tête humaine, ùu sentiment de l'idéal, qui nous pousse au progrès, et nous attire comme un éternel mirage. Tels sont les principaux rouages et les mobiles d'impulsion de la nature humaine.

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