LA REVUE SOCIALISTE Et Cromwell, sans la Révolution anglaise? Et Danton, et Robespicrr.:i, sans la Révolution française? Et Hoche, et Marceau, et Kléber, et tant ù'autres, et enfin Bonaparte, sans la formidable crise guerrière qui, ùe 1792 à 1800, jeta toute l'Europe sur nos frontières désarmées? Ce sont les grands périls collectif., qui sollicitent les grands héroïsmes. c·est aux heures tragiques ou épiques de l'histoire d'un pays que se manifestent les hommes supérieurs par le cœnr, par l'esprit on par le caractère. Si le prolétariat français, insuffisamment organisé, est incapable de tirer de son sein ùes personnalités assez fortes pour dominer le mouvement et le conduire, la Révolution prochaine pourra accumu Ier ruines sur ruines : elle n'édifiera rien. Et comme, selon un mot célèbre, on ne détruit que ce qu'on remplace, l'organisme économique ot politique actuel, auquel les masses prolétariennes, désorientées, n'auront su rien substituer de solide et de stable, sera rl'.,tabli par les soins d'une réaction d'autant plus violente que la poussée en avant aura été plus forte. Le socialisme vaincu, proscrit, peut-être masaacré, en tout cas convaincu d'impuissance, sera, pour un demi siècle au moins, réùuit au silence. ?,fais qui peut prévoir les conséquences de cette Révolution, dont rien ni personne ne saurait arrêter l'explosion fatale, imminente, certaine? En 89, en 90, même, qui prévoyait 92 et 93? Et en !l;),q ni pré rnyai t 1804 ? Sans doute, si la bourgeoisie était, moralement et intellectuellement, à la hauteur de sa situation ; si, moins proccupée de ce qu'elle appelle ses droits, elle était plus consciente de ses devoirs; et si, d'autr.:i part, ce Qnatrième-Etat qui fermente et s'agite, p1·éparant la mobilisation de ses forces dans les grèves qni se multiplient et dont la dernière - celle de Carmaux - est un si remarquable et reùoutable exemple de ce que peuvent l'esprit de solidarité Lt le sentiment d,· la juHtice, quand ils animent les travailleurs; si ce Quatrième-Etat, lui aussi, avait le temps de se préparer, de se discipliner, <le se constituer en un corps réellement organisé, pénétré de S.)!-! den>ir1:1et connaissant ses droits; si, entre ceux qui sont en haut c•tceux qui sont en bas, il y avait une foi commune ( et j'en ternis ici non pas une foi mystique mais une foi sociale, reposant ;;ur un ensemble de sentiments et d'opinions générales, sur une conception à peu près déterminée de l'ordre humain), peut-être le cataclysme pourrait-il être évité ..... Henri AIMEL. (La fin au p,-ocltain numéro).
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