lô LA REVUE SOCIALISTE à une pièce de théâtre n'importe laquelle, et pour peu que vous ayez d'aptitude à étudier le détail, à surprendre l'idée dans le fait, l'enchaînement philosophique à travers l'intrigue, vous serez étonné de la quantité de socialisme qui se dégage de ce roman et de cette pièce de théâtre !... Dans Kerkadec garde-barrièi-e, Cladel a reproduit de la plus précise et ne la plus éloquente façon les souffrances des salariés des chemins ùe fer. « C'est l'impitoyable critique du monopole, la saisissante peinture du prolétariat éc1-&sésous les grandes compagnies». Cladel avait espéré l'entendre son Kerkadec, clamer en pleine scène ses véhémentes apostrophes. Il avait bien voulu m'autoriser à tirer un drame de son œuvre. Le drame est depuis deux ans accepté par le Théâtre-Libre, mais si jamais Antoine le joue, ma joie ne sera plus aussi complète qu'elle ne l'eut été au temps où Clade! vivait. A Kakadec succédèrent Quelques Sires, Jii-Diable, Gueux de mw·que, Effigies d'Inronnus, Raca, Seize morceaux de littérature. La place nous manque pour analyser ces livres comme il conviendrait, au reste, il serait nécessaire pour étudier Cladel et son œuvre de ne pas se borner à un article comme celui-ci. Mais en ces notes brèves, qu'on nous permette de rappeler que Seize morceaux de littérature ont été illustrés par Eugène Rapp, le vaillant et doux garçon que Clade! considérait comme un des siens, - et qui s'en fût si tristement au moment où la vie semblait lui sourire, où la célébrité apparaissait. Nous devons dire aussi quelques mots de Mi-Diable; ce livre étant un des plus .zemarquables de l'œuvre de Cladel, il serait malséant de n'en citer que le titre. Dans la Revue Moderne du 25 août 1888, mon camarade Adolphe Retté s'exprimait ainsi: « L'histoire est éternelle : une vierge saine et passionnée s'éprend d'un mâle dont l'exception, parmi des brutes campagnardes, la séduit et l'affole, se donne à lui dès la première rencontre, vit dès lors toute à cet amant, peut-être diabolique, qui lui fait plmr; puis enceinte, délai&sée, trompée, le tue avec sa rivale, et meurt. « Rien de phis pour le fond, et c'est assez, car le maître, sur ce thème, a su broder d'incomparables variations. Il nous peint un milieu de nature sauvage et grandiose, il nous donne le frisson d'on ne sait quel ésotérisme infernal émanant de Yufko, le Mi-Diable; il crée une action qui, tout en restant d'une vérité intens3 et douloureuse, nous ravit, parmi les fanfares sonnant le rappel d'âges héroïques, vers une humanité plus haute que notre mièvre contemporanéité. »
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