La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE LOGEMENT GRATUIT 145 neuves eux-mêmes sont le plus sou vent logés sur la cour; en bas, on se croirait dans une cave; en haut, si le jour pénètre,on respire toutes les émanations des étages inférieurs, aspirées comme par une cheminée. Il n'y a rien à faire. C'est la loi, c'est le droit de propriété, qui est resté ce qu'il était chez les Romains,jus utendi f'l abute,idi, le droit d'user et d'ab11sf'1'. En attendant qu'on songe à supprimer l'abus, l'initiative pri,•ée cherche à lutter contre les conséquences de l'exploitation capitaliste, à venir en aide à ceux qui en souffrent le plus, aux ouYriers que l'embellissement des villes et les exigences croissantes des propriétaires forcent à s'en aller toujours plus loin. Il s·est fondé plusieurs sociétés pour la construction des maisons à bon marché, sociétés coopératives, sociétés anonymes de spéculation ou de bienfaisance, ou avec combinaison de spéculation et de bienfaisance réunies. Toutes avaient pour but, dans le principe, d'assurer aux ouvriers la p_ropriété d'une maison. Mais elles reconnurent bientôt que ce système, très pratique dans les petites agglomérations, ne pouYait s'adapter aux c!'.mditions de la vie dans les grandes villes manufacturières et surtout à Paris : le terrain, beaucoup trop cher, y augmente démesurément le prix de rJvient et, par suite, l'annuité de remboursement; et, dans la plupart des cas, le futur propriétaire, obligé de changer de résidence, ne peut attendre la fin de l'opération et perd ainsi tout le bénéfice des sacrifices qu'il s'était imposés. On s'Pst donc rallié, en France comme en Angleterre, au système des maisons collectives, qui écarte forcément les sociétés coopératives. La coopération suppose, en effet, l'indivision : une somme d'argent peut être indivise entre un nombre illimité de participants, mais non une maison, dont la possession ferait naître autant de questions de murs mitoyens qu'il y aurait de propriétaires, sans compter les difficultés à prévoir en cas de succession. Les sociétés anonymes restent donc seules chargées de procurer des logements à bon marché aux millions de salariés qui n'en ont pas ou qui en ont d'insuffisants. 8i la tâche est vaste, la bonne volonté de ceux qui l'ont assumée ne connaît pas de bornes. Depuis cinq ou six ans, le mouvement a fait de grands progrès. Pttris, Lyon, Marseille, ont vu s'élever des habitations ouvrières dans des conditions de confortable et de bon marché qu'il semble difficile de dépasser. A Paris, les hommes politiques les plus connus, MM. Jules Simon, Siegfried, Steeg, etc., des publicistes tels que MM.Picot, Cheysson, Raffalovitch, ont créé la Société.F'mncaise clf's habitations à bon marché, qui a pour mission d'encourager toutes les tentatives destinées à améliorer le logement ; à Lyon, JO

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