88 LA REVUE SOCIALISTE CORRESPONDANCE Montpellier, le 25 juin 1892. Monsieur le Directeur, J'ai lu avec un certain sentiment de surprise l'article que M. le D• Delon a consacré au Congrès de l'Association Protestante pour l'étude àes questions sociales, dans le dernier numéro de la Revue Socialiste. Tout en déclarant que le compte-rendu de ce Congrès, en particulier en ce qui concerne la Coopération et le Travail des femmes, est assez intéressant, votre collaborateur estime que l'Association Protestante donne des signes visibles de décadence, qu'elle perd l'inspiration socialiste des premiers jours et tourne à la<< Jules-Simonerie ». Et pour quelle raison? - Parce qu'elle a consacré une de ses séances à discuter la question de la presse pornographique et a formulé une série de vœux tendant à sa répression. M. Delon veut bien nous reconnaitre « le droit même d'être austère et pudibond"• mais il nous conseille de ne pas poursuivre une campagne qui ne saurait être, à son avis, qu'inutile et même funeste. << Nous voulons la liberté absolue de I'Art ; nous aimons les beaux corps d'hommes et de femmes ... nous ·ne rougissons pas devant les seins de la Vénus de Milo».Vraiment, nous ne rougissons pas non plus de la Vénus de Milo ; nous éprouvons, devant le marbre attribué à Praxitèle, un ravissement d'une nature un peu différente peut-être de celui que ressent M. Delon, mais non moins vif; nous saluons en elle non pas seulement un beau corps de femme, mais l'expression la plus noble .et la plus pure de l'art antique. Plût au ciel que l'art de ce temps créât encore des Vénus de Milo! Mais la liberté de l'art n'a rien à voir dans les productions de la Lanterne illustrée ou du Courrier Françaù, pas plus que dans ces cartes transparentes que des camelots vous glissent le soir sur les boulevards. Et en admettant même que l'Art
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