La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LE PRIVILÈGE DE LA BANQUE DE FRANCE 7Ï 'vingt ans après, le même malfaiteur laissait la France envahie. Un gouvernement de Défense nationale fut improvis~ pour défendre le territoire. Il avait lui aussi besoin d'argent. Il s'adressa à la Banque de France : visage de bois. Il fallut s'adresser à l'Angleterre; négocier l'emprunt Morgan à un taux quasi-usuraire. On a appris depuis, par la publication des dépêches du gouvernement de Tours, que Gambetta voulait briser la .Banque, et que M. de Freycinet lui répondait : Bravo, voilà du bon Gambetta 1 Gambetta est mort. Mais M. de Freycinet, aujourd'hui ministre de la guerre, pourrait nous dire par quelles angoisses passa le gouvernement de Tours, et je crois savoir quïl n'a pas changé d'avis; il dirait encore : Bravo, voilà du bon Gambetta t Le rapace monopole ne desserra les cordons de la Bourse que lorsque tout fut fini. Il y a même, à. ce sujet. une histoire assez curieuse, si elle est vraie. C'est M. de Freycinet proposant à Gambetta d'arrêter M. Thiers. Et c'est Gambetta répondant : - C'est vrai. Vous avez mille fois raison. Mais si nous arrêtons cet. homme, où trouverons-nous la planche pour faire les billets de Banque? Et c'est ainsi que la Défense nationale fut paralysée paru ne véritable trahison. La Banque, pour qui on demande aujourd'hui un renouvellement de privilège, refusait de marcher. Ne doutez pas, elle refuserait encore. C'est le propre de l'argent; il n'a pas de patrie. Il n'a que de demi-patries, comme à. dit Pelletau. Pelletau aurait pu ajouter que les chemins de fer firent, en 1870, comme la Banque. Le P.-L.-M. avait, au premier cri de guerre, remisé son meilleur matériel roulant sur son réseau suisse. Voilà. les services qu'il faut attendre des monopoles. Si encore le billet de banque avait une valeur par 1ui-même. Il tire tout ce qu'il vaut de la confiance qu'a la nation en ellemême. Aux heures des plus grandes crises nationales, les valeurs de la Banque n'ont point baissé. C'était parce que la confiance de la nation dans sa prospérité ne fléchissait pas En sorte que la nation assure 18 ¾ de dividende à un goupe de capitalistes, uniquement parce qu'elle ne désespère jamais d'elle-même. C'est le fait d'une héroïque ingénuité. Encore une fois, c'est le discours tout entier qu'il eut fallu analyser. Malheureuse.ment l'espace nous manque. Disons au moins qu'en ayant contre eux des hommes comme Millerand et Pelletau, les monopoleurs n'ont pas cause gagnée. Leurs sousordres ne les sauveront pas. On fait la lumière.

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