712 LA REVUE SOCIALISTE Tel est le principe qui est, sinon la clef de voi).te,au moins une pièce importante du système. Je crois déjà l'avoir pleinement justifié; j'y reviendrai cependant pour prévoir les objections, tirées d'une comparaison abusive entre la propriété foncière et le~ valeurs mobilières: car il faut asseoir le principe sur le roc. Mais, avant de rentrer dans cette discussion théorique, demandons à l'histoire ses enseignements. Elle nous apprendra que l'ancien régime a toujours refusé aux propriétaires le droit à la plus-value. Voilà la tradition nationale, aujourd'hui obscurcie, qui a été définitivement abandonnée par la monarchie bourgeoise de 1830, mais qu'il appartient à la démocratie sociale de remettre eu honneur. Donc, à l'{igard des propriétaires, la règle de conduite de l'ancienne monarchie se formulait ainsi: Si les immeubles qui recevaient une plus-value restaient entre les mains de leurs propriétaires, ceux-ci payaient la plus-value. Si la plus-value s'appliquait à des immeubles expropriés, les propriétaires n'en profitaient pas, et on 1ie leur payait pas cette plus-value. Suivons dans les faits l'application de cette règle: il n'y a pas, pour la question qui nous occupe, d'étude plus intéressante et plus féconde. Nous sommes au commencement du XVIIe siécle, sous le règne de Louis XIII. Paris étouffe dans l'enceinte de Philippe-Auguste, et l'on songe à lui donner de l'air. La vieille enceinte divisait en deux parties l'île rotr-e-Dame, aujourd'hui l'île Saint-Louis, « appelé par excellence l'Isle, comme la plus « belle de celles de la Seine qui sont aux en virons de Paris (1). » On détruit l'enceinte, on transforme l'ile, on la relie à la rive droite par un pont que construit l'entrepreneur Marie; on V'eut en faire un des plus beaux quartiers du Paris nouveau. Mais le chapitre de Notre-Dame a des droits sur l'ile; il soulève des difficultés, et demande, pour cesser toute opposition, une somme, considérable pour L'époque,de 50,000 livres. Qui devra payer cette somme? Tout naturellement, ceux qui vont profiter des travaux entrepris, c'est-à-dire les propriétaires: le pouvoir royal M s'y trompe pas. << Pour lever plus facilement cette somme, les rntrepre- « neurs firent décider par le conseil du roy qu'elle serait prise « sur les propriéta,ires des mriisons et des masu1·es de l'ile >> (1) Histoire de la ville de Pa1·is, par le bénédictin D. Michel Félibien ; tome 2, page 1391. - Paris, 1ï26.
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