La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

688 LA REVUE SOCIALISTE Le retraité et son animal logent au quatrième étage d'une maison colosse bâtie par une société de crédit, où il n'y a pas de rats, même dans les caves. Quand il a touché sa pension, notre homme se donne le luxe de promener son chien dans la campagne. On ne rentre jamais sans avoir mis à mal deux ou trois poules. Le maitre paie le dégât, sans sourciller, et s'en va au café où l'affaire est déjà connue, très fier d'ètre montré aux voyageurs comme le monsieur qui a un ratier de six cents francs. Nous avons rencontré avant-hier, dans la montagne, une gardeuse d'oies destinée à faire fortune. Nous avions laissé notre voiture à une demi-lieue de là et, sous un soleil à pic, nous allions, à travers haies et terres, vers une ruine qu'il faut avoir vue. Surgit d'un trou de buisson la paysanne, son tricot à la main, ses oies au bout de sa gaule passée sous le bras. On ne peut se rencontrer aux champs sans causer; on cause, .9onc. Le temps est chaud, nous sommes donc de la ville? Les récoltes ne seront point trop bonnes ; où avons-nous donc laissé notre voiture? Les sentiers sont mauvais ; elle est partie plus loin? Voilà des blés qui ne donneront que de la paille; nous ne la reprendrons donc pas au retour? On a du mal à vivre, quand on cultive; nous serons-t-y point fatigués d'aller d'une traite jusqu'au vieux château? Nous ferions ben de nous reposer par cette chaleur ; l'auberge est là tout contre, au tournant du sentier. - Elle est à vous, l'auberge? - Oui, mon bon monsieur. 0 génie du commerce, Fourier t'a calomnié. De la terrasse du Grand-Café ou de la fenètre du Cercle des Négociants, comme on voudra. Votre interlocuteur interrompt ses doléances sur le préfet, qui est toujours à Paris, et vous montre un passant: - Tenez, voilà le plus grand cocu de la ville. Mes voisins achètent des poules au marché et,pour les engraisser, les enferment dans un volailler à compartiments qui occupe un coin de la cour commune. Quand la b~te ne peut plus remuer dans son étroite cage, elle est à point. Quelquefois, pressées d'aller jacasser sur le portail, les bonnes la tuent à moitié et j'entends une demi-heure comme un cri de pauvre vieille maman égorgée. Parfois à ces râles répondent les pleurs d'enfants d'une charretée de cabris entassés qu'on mène à la boucherie. Et sentant monter autour de moi cette clameur

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