La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

61 LA REVUE SOCIALISTE Renard dans le livre si limpide et si bien informé, si attachant, qu'il a publié chez. Savine, sous ce titre : Etudes sur la Fra11ceco11temporai11e. Nous en reproduisons un passage : <• D'abord au fatalisme ils - les rédacteurs de la Revue Socialiste, - substituent le diter111i11is111e. lis reconnaissent que toute action est determinée par des motifs ou des mobiles, qu'ainsi la volonté humaine est toujours une résultante ; mais ils ajoutent que cette volonte, qui est un effet des causes multiples, devient à son tour une cause d'effets tout aussi divers dont il faut tenir compte. lis savent que si le milieu où les gens se trouvent places modifie leur état mental, l'état mental des gens peut également modifier le milieu où ils vivent, et que par suite il est possible et utile d'agir directement sur les esprits. lis reprochent aux Marxistes de transporter la méthode ~istorique hors du passé, qui est son domaine, jusqt:e dans l'avenir, qui dépasse sa portée. lis admettent que le prcsent contient les cléments de ce qui sera un jour, mais ils n'en concluent pas temérairement : Tel fait se produit de toute nécessite. Car ils savent que la prévision d'un f.tit peut suffire à l'empèchcr. Ils pretendent que cc n ·est pas assez de prouver à la société actuelle qu'elle tend au collectivisme ; car si on ne lui prouve pas, en même temps, que le collectivisme est une bonne chose pour elle, on ne fait que la pousser à nfarcher dans une direction contraire. lis disent encore qu'a presentcr ce même collectivisme comme l'aboutissant inevitable de l'évolution sociale semble inviter ceux qui en sont partisans à se croiser les bras, à laisser faire, à s'épargner la peine de toute propagande. « En mème temps ils corrig~nt 'et relèvent le matérialisme par trop terre à terre des disciples de Karl i\Iarx. Ils se proclament eux-mèmes matérialistes, en ce sens qu'ils n'admettent pas dans l'homme la coexistence de deux substances differentcs, l'âme et le corps; qu'ils ne comptent pas sur le lendemain de la vie pour compenser les iniquités du monde actuel ; qu'ils n'attendent pas de quelque puissance supérieure un paradis terrestre ou celestc. Mais ils ajoutent que les soucis matériels ne sont pas les seuls moteurs de notre conduite et que, pour ne pas tomber sous le temoignage direct des sens, l'idie et le se11ti111e11/ n'en sont pas moins des forces impossibles à négliger. « Ils accusent le matérialisme outré de fausser l'histoire, en ne voyant qu'une lutte économique au fond de toutes les guerres intericures ou extérieures ; ils demandent comment les guerres religieuses peuvent entrer dans une conception si etroite ; ils ne sont pas embarras~és de trouver dans le passé de lï1umanite des luttes d'idées qui ont precédé ou accompagné les autres. « lis osent donc faire briller de nouveau devant les yeux de la foule un idéal de justice qui puisse l'attirer et la guider .•. cet idéal n'a rien de surnaturel ni de divin ; c·est un foyer de lumiere purement humain ; c'est un phare, allumé par l'élite des générations disparues, éclipsé quelquefois, mais qui reparai~ toujours et qui, de siêclc en siècle, jette de plus en plus de clarté ! « Ils soutiennent que montrer aux hommes un avenir meilleur c'est bien inspirer la volonte de le réaliser. lis disent qu'appuyer sur le droit les revendications socialistes c'est leur donner une double force, car d'un côté c'est affaiblir la resistance, c'est inspirer des droits à leurs adversaires, preparer parmi eux des défections et rendre ainsi comme il arrive dans toute révolution qui réussit, les futurs vaincus complices de leurs futurs vainqueurs, d'autre part, convaincre les assaillants qui sont les soldats de la bonne cause, c'est bien mettre au cœ11r cette énergie virile qui fait les héros et les martyrs ... « Les rédacteurs de la Revue Socialiste ne réhabilitent pas seulement l'idée du droit, ils rendent hommage au sentiment si cruellement honni et bafoue. lis n'ont pas honte d'avouer qu'ils ont un cœur, ils ne comprennent pas pourquoi la science etoufferait la compassion, ils n'affectent pas d'ètrc insensible à la souffrance humaine. lis croient bien de ranimer l'ardeur du prosélytisme au contact de la misère et de mettre la passion au service de la logique. Ils pensent qu'il y a de par le monde plus encore d'insouciants et d'ignorants que d'égoïstes implacables; que le

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