REVTJE DES LIVRES ·637 d'interdépendance entre un sujet et objet quelconque, il n'y a donc pas .d'être possiblE:, pas plus que de phénomène san~ un noumène correspondant. En appliquant ce principe à l'univers, somme des non moi particuliers. on a pu en inférer légitimement que l'unirers est encore un non moi spécial eu corrélation avec )'Être lui-même, non pas !'Être extérieur au monde et indépendant de lui, comme le dieu des religions, mais coexistant à lui, quoique différent de lui, intriqué avec lui, à un degré de justesse souverainement intime. En laissant isolés dans la pensée ]'Être et l'Univers, en faisant abstraction de leurs rapports, on se borne à créer deux entités spéculatives analogues à l'absolu de Berkeley et de Manse], à l'inconscient de Hartmann. Or, dans le microcosme que nous sommes, dans les êtres à portée de nos observations et investigations, nous notons entre le moi et le non moi une union dont la vie est la plus haute expression organique comme la raison consciente la plus haute expression psychique; une balance d'actions et de réactions, un jeu de forces, un rhythme de vibrations réciproques qui entretiennent l'ordre en nous, jusqu'à ce que tout cela, usant nôtre non moi par l'exercice mème. se rédistribue et se localise ailleurs de nouveau. Ce que nous appelons mort n'est que la suspension des rapports· temporaires existant entre ce dernier et notre moi, pour lequel peut ·commencer alors une autre série de l'apports, rien ne se perdant dans l'univers, malgré tons les changements d'état et de forme. 1\Iaintenant, considéré comme non moi d'un moi corrélatif, comment nous apparait l'univers? Comme un non moi éternel et infini, c~ntral partout, circonférenciel nulle part, comme le réservoir de la substance et le foyer de la vie. Il implique un moi éternel, infini, virnnt, et, de plus, ayant la perfection des facultés que nous constatons dans notre sujet propre. C'est, si l'on préfère, le summun des rapports, la loi vivante et consciente de l'Univers. Et l'œuvre n'est pas inutile. En notre fin de siècle, nous pouvons nous flatter d'être arrives à un rare degré d'anarchie mentale qui. logiquement commence du reste par se traduire en actes. Les anciens dogmes religieux, les dieux majeurs et mineurs du panthéon sémitique et païen, jonchent le sol de leurs débris. Tout au plus en survit-il certains plis extérieurs, des cérémonies mécaniques, et un rituel fort analogue au moulin à prières des bouddhistes de la Birmanie et du Siam. L'idée première s'est évanouie·, les légendes enguirlandant cette idêe ne laissent plus qu'un souvenir d'absurdité. Depuis le schisme d'Orient, la scission protestante. le progrès émancipateur des sciences, le Christianisme un moment général en Europe, u'est plus aujourd'hui qu'une boutique italienne qu'alimentent de leur!< achats et de leurs offrandes, quelques milliers de des,cendants des conquis de Rome. De même que dans les pays gréco-slaves et saxons, où la religion s'est nationalisée, dans les pays latins il s'opèrera une évolution pareille jusqu'à la période ultime où la religiosité - appréhension de l'inconnu chez les uns, vague sentiment d'au-delà chez les autres • deviennent une affaire strie-
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