La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

REVUE DES LIVRES 635 Après avoir décrit, dans une centaine de pages, ses visites aux mai- !iOnshospitalières de Moscou, pages ou il demeure, comme le signale Emile Zola dans une lettre qui sert d'introduction au livre,« le profond psychologue de La Guen·e et la Paix et d'Anne Karenine. Tolstoï aborde de front la question économique. « Il existe, dit-il, une opinion généralement admise que l'argent « représente la richesse, que la richesse, à son tour, est le résultat du « travail et que, par conséquent, l'argent c'est le travail. C'est parfaite- " ment juste, mais seulement dans une société où n'existe pas encore « l'exploitation de l'homme par l'homme. « Dans notre société, il arrive bien raremnnt que l'argent soit le pro- " duit du travail de celui qui le possède; l'argent représente presque tou- « jours le travail passé ou futur des ouYriers, celui qu'on leur impose par « la violence. » L'argent n'est donc « qu'un signe conventionnel qui donne le droit ou plutôt le moyen de profiter du travail d'autrui » et il ne s'agit pas seulement du travail passé on présent, mais << depuis que la monnaie existe « dans le monde et depuis que le crédit, comme sa conséquence, s'est « établi, il est devenu possible d'aliéner son travail. >> L'argent, qui permet à celui qui le possède de ne rien faire en obligeant le!':autres à travailler pour lui, est << une nouvelle et terrible forme « de l'esclavage, qui ne se distingue de l'ancienne que par son imper- << sonna.lité et par l'abolition de tous les rapports humains entre les « hommes. >> D'où vient cette puissance souveraine de l'argent qui nous frappe tous par son injustice et sa cruauté? Et pourquoi cette puissance entraine-t-elle l'asservissement d'une partie de l'humanité? La science répond: parce que pour la création de tout produit, trois facteurs sont nécessaires, la terre, le capital, le travail, et qu'il faut que les uns possèdent la terre, les autres le capital et que les troisièmes fournissent le travail. - Cette affirmation est pleine de contradictions. -- « L'idi>e qu'on se fait du tral'ail- « leur est inséparable du terrain et du sol ou plutôt de la terre sur laquelle << il vit et des outils avec lesquels ils travaille. « Quand l'économiste affii·meque la division en trois des facteurs de « la production est la règlé fondamentale de cette même production, il « n'agit pas autrement que le zoologiste· qui, voyant un grand nombre de « serins ayant les ailes coupées et enfermés dans une cage, tirerait de ce « spectacle cette conclusion que la cage, et les quelques grains de mil << qu'on mit dedans. sont les conditions naturelles d'existenc.e de ces « oiseaux, et que la vi.ede ces êtres est r.égie par trois facteurs: la cage, « les grains de mil et les barreaux. Si grande que puisse. être la masse « des travailleurs chassés de la terre et du sol, dépouillés de leurs outils « et du fruit de leur travail, les caractères naturels du travailleur seront « toujou1·s de vivre-sur le sol terrestre et de fabriquer avec ses propres « outils ce dont il a besoin. » Quelle est l'origine de l'argent? Le besoin· de faciliter les échanges, disent les économistes. « Son importance véritable, répond Tolstoï, ne git « pas dans ce qu'il est un moyen d'éc\}anges, mais dans ce qu'il est un

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