La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

CORRESPONDANCE 631 dicat du fer, cotisations aux caisses de secours mutuels et de retraite, achat d'un journal quotidien, etc., etc. J'admets cependant que cet heureux ménage aura une certaine marge entre son gain et ses dépenses et pourra pendant quelques années ramasser, si la chance le favorise, trois ou quatre mille francs. Encore devra-t-il quand il arrivera.. à ces gagn-f!ments éle-;;és payer le du chez l'épicier, le boulanger, le marchand de vin, acheter un lit, un garde haLit, quelques chaises, un peu de linge et la première année passera sans qu'il puisse mettre un sou de côté. Et les années de vaches grasses ne seront pas nombreuses. Bientôt l'un des fils sera réclamé par le service militaire, quand il revieno.ra le second rejoindra le régiment. L'ainé se mariera, dans tous les cas il pensera à se créer un pétit pécule pour le jour rapP.roché où il s'établira. C'est le moment où les forces du père commencent à diminuer, où de piqQeur il deviendra remblayeur, ouvrier de dehors et où sa journée au lieu de sortir à 5 fr. 45 tombera à 4 fr. sinon à 3 fr. 75. Surviennent alors une maladie, un accident, une mort dans la famille, un chomage forcé par suite d'une de ces crises industrielles pendant lesquelles on ne fait plus que 4 ou 5 journées par semaine (1) et le gain de l'ouvrier, même celui dont les enfants travaillent ou ont travaillé avec lui, sera diminué dans une notable proportion. Du reste,il est bon de le répéter,ces familles-là ne sont qu'une infime minorité. La graude généralité, en mettant les choses au mieux, ne disposent pas d'un budget de plus de 15 à 1600fr. Pour ces derniers ménages c'est la gène, c'est la vie au jour le jour. Pour manger du pain tant bien que mal on met l'enfant au triage du charbon dès l'àge de douze ans,alors qu'il aurait besoin de courir, de s'amuser,de s'emplir les poumons d'air pur et de fréquenter l'école. Les parents ne peuvent augmenter leurs ressources qu'au détriment de la santé de leurs enfants et de leur éducation professionnelle. Il faudrait cependant avoir le courage d'en convenir; or, pensez maintenant aux ouvriers dont le salaire annuel n'atteint pas 1~00 fr. et qui ont six à sept bouches à nourrir et vous conviendrez que c'est une pitié de laisser croire que le mineur peut s'il le veut « doter honorablement sa fille et acheter un fonds de commerce à son fils » (1) A Carmaux, de l'aveu même du Temps, il y a eu 54 jours de chômage en 1886, 57 en 1887, 36 en 1888. Ainsi, durant ces trois années les familles qui recevaient un salaire journalier de 8, 9, 10 fr. ont vu leur salaire annuel diminuer de 432, 486, 5W fr. en 1886, et de 456, 513 et 570 fr. en 1885. On voit par là combien il est injuste - et peu scientifique - rle calculer le salaire annuel de l'ouvrier d'après son gain journalier.

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