La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

, LA QUES'I'ION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS 603 de la France, aux ouvriers syndiqués et aux conseils municipaux composés;d'ouvriers socialiste~. Cette fois-ci encore capitalis~e et cléricalisme se sont amicalement unis. Ce sont, en effet, les associations cléricales belges qui ont envoyé, sur la demande des patrons, des malheureux travaillant à bas prix. A mesure que les belges arrivaient, les mineurs français suspects d'indépendance étaient renvoyés. Au ministre des travaux publics, qui a fait preuve d'un optimisme exagéré, Lafargue a répondu par un discours vigoureux et serré que nous regrettons beaucoup de ne pas pouvoir reproduire. 11 a montré la conspiration contre les syndicats et contre le suffrage universel s'organisant dans la France entière depuis que les salariés ont appris à se servir du bulletin de vote comme d'un moyen d'émancipation. Mais nous ne pouvons résister au plaisir de citer un extrait de ce discours, qui contient certaines citations pleines d'intérêt. Aux ouvriers à méditer les opinions de MM. les économistes bourgeois. D'aillrurs, • ce n'est pas seulement Lens, c'est partout qu'on emploie des ouvriers étrangers pour ruiner la main-d'œuvre française. On appelle dans le Midi des Italiens, dans le Nord, des Belges, et les ëconomistes, qui sont les prètres du di.:u Capital. .. (Ah I ah I au centre et à gauche), trouvant que les Italiens et les Belges ne suffisaient pas pou1· ruine1· la main-d'œuvre française, ont jeté les yeux sur leur vaste monde , ils ont regardt\ en Asie, ils ont vu les Chinois et ils ont parlé des Chinois pour venir faire concurrence à la main-d'œuvre française. Et je vais vous citer l'extrait d'un compte rendu du Journal des économistes et de !'Economiste français. Tl s'agit d'une réunion qui a eu lieu le 5 mai 1880 dans la Société d'économie politique et dans laquelle on a traité la question chinoise et la liberté du travail. Au centi·e. Ce n'est pas la question ! M. Paul LAFAHGUES-. Mais si, c'est la question. Pu,îsqu'on ac,:use les Belges de ruiner la main-d'œuvre française, je vous montre qu'il y a un parti pris, une conspiration de toute la classe capitaliste dans le but de ruiner cette main-d'œuvre française. Ah ! vous m'accusiez de -ne pas êfre patriote ! Mais c'est moi qui défends les salaires des Français, tandis que c'est vous qui soutenez ceux qui veulent les abaisser, jusqu'à les réduire au chiffre minine dont se contentent les Chinois. (Intenu ptions). M. Raymond Po1NCARÉ-. Il est facile de prêter à ses adversaires des idées ridicules pour les rëfuter ! M. Paul LAFARGUE-. Les adversaires qne je cite n'ont rien de ridicule. C'est d'abord M. Leroy-Beaulieu, académicien et professeur. au Collège de France, qui exprime cette opinion dans cette fameuse séance que je viens de rappeler: « Les exigences souvent exagérées des ouvriers européens finiront par amener en Europe les hommes de la Chine, de l'Inde et du Japon, dont on connait la sob1•iété. » Et M. Lavallée, un autt·e économiste qui n'a rien non plus de ridicule, <lisait : « Le Chino'is est très labo1·ieux et il vit -de rien, ce qui fait qu'il peut se ..

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