La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

ÉCHOS DRAMATIQUES 591 de tous les ordres connus et inconnus,ildaigne recevoir le Président d'une république étrangère et trouve naturel d'être choisi lui-même comme chef de l'Etat; ce en quoi il a tort; car un Lon acteur est ordinairement un homme de talent; tandis que,comme chacun sait, un bon Pr~sident dé la République (à San Baccara bien entendu) doit mettre son talent dans sa poche, quand il en a, attendu qu'il a été démontré à l'aide de A+ B et de tous les X du monde, que sur les hauteurs présidentielles, la réussite était en raison directe de l'inertie de l'intellect, et de la bosse du cérémonial. Quand à Nelly-Rosier, le type de divette choisi par l'auteur, elle a plus d'amants que d'amour, ce qui est fréquent, même en dehors du théàtre. Elle écrase sous sa notoriété tapageuse et risquée, sous sa beauté pimentée, et en relief, les pauvres petites camarades, au regard encore candide, (fleurs printanières à peine entr'ouvertes, qu'un peu de bonheur ferait épanouir). Il en est de même dans la nature: les senteurs fortes et àcres emplissent l'atmosphère de leur parfum troublant; tandis que les émanations délicates s·évaporent dans l'air. La manie qu'ont parfois les artistes femm~s de se présenter au public sous toutes les formes, d'écrire, de disséquer ellemême leur talent, et d'offrir ainsi à la critique une ostéologie peu récréative est signalée. Eu somme, sous les dehors d'une gaieté qui touche au burlesque, Gandillot a fait une véritable étude de mœurs. Les personnages sont vivants. Ils mettent en lumière une des plaies de notre société: Le Directeur de Théâtre, et un des dangers du théàtre en général: l'Etoile qui accapare à elle seule l'argent que l'on devrait répartir entre tous les artistes. Les situations sont d'un comique franc. La conclusion d'un mariage bourgeois, entre gens qui ne se connaissent pas et qui se déplaisent, est indiqué de la façon la plus plaisante. Décors très réussis. On remarque surtout l~ théâtre de San Baccara, vu des coulisses. Passons à l'Odéon, qui fait beaucoup de bruit non pas pour rien (comme avec Porel de Shake~pearienne mémoire), mais avec une pièce de V. Jamet: Le mariage d'hier. Cette œuvre se soutient honurablement à la scène. A notre point de vue socialiste, il est curieux d'observer le courant d'opinion en face d'nn fait légal: Le divorce. D'après l'auteur qui naturellement soutient une thèse, et met en scène des types et non des individualités, le divo1·ce est considéré dans nombre de familles, comme une tare: c'est presqu'aussi grave que de professer des opinions socialistes! Et tel salon mondain qui ouvre la grand' porte à l'adultère, ferme la petite, devant la femme divorcée. Le pape lui-même est moins rigoriste. Il est vrai que tous les

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