La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

590 LA REVUE SOCIALISTE le sujet est scabreux; je parle des exotiques bien entendu! Qui oserait mettre les autres en scène ! Il y a, parait-il, le Directeiw qui mange la grenouille; celui qui se fait payer par les artistes; le roulJlard financier, qui engage sans les entendre les artistes très protégées, et qui refuse d'entendre les artistes sériPnx qui n'ont que du talent; le luxurieux qui engage sur audition très particuliere; celui qui ne joue que les pièces payées, et jette au panier les bonnes pièces, celui qui reçoit les auteurs et les artistes par l'intermédiaire de son concierge. Il y a l'espèce qui se gobe, c'e t la plus inoffensive et la plus répandue; il y a l'espace qui est gobée par le8 agences th6àtrales; c'est peut-être la plus dangereuse. Il y a l'espèce du tyranneau féroce, qui traite sa troupe,comme jadis les négriers traitaient leur bétail humain 1 Qui la prostitue, à tous les rôles; qui l'exploite, par tous les moyens licites et particuliers ; qui la jette sans paiu sur les grandes routes; qui lui fait signer des engagements draconiens; qui tue en elle le sons artistique, sous les caprices bizarres, d'un esprit de lucre, rarement dirigé par le sens commun ou même l'intérêt bien entendu. Il y a le mélomane quand même. qui rase le public en musique. Il y a le Directeur sélect qui le rase à grand orchestre. Puis vient le directeur homme do lettres, quo lc 0 s pièces des autres •laissent parfaitement froid; et le rtirer.:tew· ;1atant qui ne joue que les pièces faites sur commande à la mesure de son étoile polaire. Si la confection no va pas, tant pis pour le pauvre auteur! Une espèce resterait à découvrir : co serait un Directeur artiste, instruit, et désintéressé. Peut-être. pins tard, l'apercevra-t-on dans la lune, à. l'aide du télescope de l'avenir. 11ieux vaudrait, en attendant, snpprim0r l'emploi, et encourager les tentatives analogues à celle qui s'est produite au Chàteau d'Eau : as:sociation entre les artistes. A ce point de vue, la Comédie française, est en progrès sur les autres théàtres. Dans la Tournee E1·neslin, après avoir esquissé d'une main légère, le profil directorial, Gandillot dessine d'une plune alerte la silhou0ti1; des artistes en vedette. hommes et femmes; leurs petits travers qui, du reste, nuisent surtout à eux-mêmes, sont saisis sur le vif. Les applaudissements du public font perdre la tète à ces pauvres diables, qui sont en somme assez bons diables. C'est ainsi que le superbe Er·nestin, gonflé à l'instar d'un ballon, se laisse adorer na'ivement par les filles du monde qui sont un peu bébêtes. Il aspire à jouer tous les rôles, même les rôles de femmes et chante ceux q11'il ne joue pas. Il dicte lui-même sa. Presse, etje vous prie de croire qu'elle est excellente; on n'est jamais mieux servi que par soi-mème. Ernestin est commandeur

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