La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

UN LIVRE SOCIALISTE 583 sentiments bons et justes,animés d'excellentes tendances démocratiques, qui restent malheureusement hostiles au socialisme parce qu'ils ne le connaissent pas ou mieux parce qu'ils ne le connaissent qu'à travers les élucubrations inexactes et de mauvaise foi,dont la presse anti-démocratique de tous formats et de tous prix empoisonne l'intelligence de ses lecteurs. Pour ceux-là, il fallait un manuel, un ouvrage clair et concis quoique savant, écrit par un des maîtres du socialisme,contenant un raccourci saisissant tout l'essentiel des irréfutables doctrines que nous défendons et que personne n'a réfutées. Il y a, en effet, dans la bourgeoisie instruite, parmi les lettrés, les savants, les professeurs, les médecins, les artistes des trésors de bonne volonté qu'il faut savoir recueillir; il y a, dans ces catégories, des socialistes latents qui viendront sous le drapeau de !'Emancipation humaine, quand quelqu'un aura su percer la couche d'indifférence et de routine qui éloigne beaucoup d'entre eux des idées nouvelles qu'ils connaissent mal parce que l'ennemi sait les travestir et les faire paraître ricîicules. C'est le concours de tous ces gens-là que Malon recherche surtout. Enlever à. la elasse bourgeoise une partie de son élite morale et intellectuelle n'est-ce pas affaiblir cette classe et préparer sa ruine ? Ecrémer la classe conservatrice, n'est-ce pas montrer bientôt qu'il n'y a plus, à la défense de l'exploitation capitaliste, qu'une coalition d'appétits et d'égoïsmes bas, dénués de toute raison, de toute philosophie, de toute inspiration morale un peu généreuse ? Le socialisme, en effet, n'a rien à craindre de la lumière du grand jour. Aussi essaie-t-il par tous les moyens, de se faire connaître. Se faire connaître, ce sera pour lui se faire aimer: car il repose essentiellement sur tout ce que le cœur humain a de meilleur et de plus noble: Il repose aussi à un autre point de vue sur les conquêtes les plus récentes de la raison humaine et de cette science moderne dont nous sommes si fiers. Les théories philosophiques sont la résultante et l'interprétation des doctrines de la plupart de nos philosophes contemporains, tels (pour ne citer que les français) que : Fouillée, Guyau, Paulhan, etc... La doctrine économique a été coulée ùans un airain indestructible par le génie de Karl Marx. Les vues sur la famille, sur la morale, sur l'évolution sociale sont en accord parfait avec la théorie évolutionniste, avec la sociologie de Letourneau, et avec toute la grande école historique allemande ou Catheder-Socialisme. Ainsi armé, le socialisme recherche le choc des idées, appelle la discussion. Il sait bien ce qu'il fait, car il réunit en lui la quintessence de la moralité et de la .science. Par là, il s'imposerc1,peu à peu à tous les hommss de cœur et à-tous les hommes d'étude. . Dans son Précis, Malon résume tout ce qu'il est nécessaire de •

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