• 580 LA REVUE SOCIALISTE très satisfaisants quant au développement intellectuel et moral des ouvriers. Voici comment s'exprime à cet égard M. Blocher, directeur d'une filature de coton, dans une conférence faite à Bâle: << Les effets des prescriptions légales sont jusqu'aujourd'hui plus « remarquables au point de vue moral qu'au point de vue physi- « que ..... On avait craint chez nous de voir les ouvriers user du << loisir que leur assure la limitation de la journée de travail pour « fréquenter plus souvent les cabarets et se livrer davantage à la « débauche. Je n'ai rien remarqué de semblable. C'est lorsqu'on î travaillait jour et nuit que j'ai remarqué le plus grand liberti- « nage. Alors se commettaient les fautes les plus graves, non seu- << lement le dimanche et le soir, mais même à l'atelier, pendant le « travail. La faute, sans doute, n'en était pas tout entière au travail << beaucoup trop long et trop fatiguant; mais, la mise en pratique << d'une journée de travail plus courte a eu pour conséquence << l'introduction d'une discipline plus forte et, depuis, l'ivrognerie « a été ramenée au minimum. )) Au point de vue intellectuel, pour se rendre compte des bienfaits que l'on est en droit d'attendre de la réduction progressive des heures de travail, il suffit de se demander ce que peut êtra la vie des cent soixante mille ouvriers belges dont la journée est encore d·au moins douze heures de travail effectif, soit quatorze heures et plus de présence à l'usine. Ajoutez à ces quatorze heures sept heures de sommeil, deux heures pour les repas du matin et du soir, le trajet jusqu'à l'usine et les travaux domestiques indispensables; que reste-t-il ? une heure de loisir, une heure sur vingt-quatre pour aimer et pour penser, et encore faut-il qu'une abrutissante fatigue ne les jette pas sur leur paillasse, comme des masses de plomb. De tous les maux produits par le régime capitaliste, il n'en est pas qui nous révolte autant que cette impossibilité de participer à la vie intellectuelle. Ici, l'homme n'est pas seulement frappé dans sa chair mais dans son cerveau. Nous avons infiniment plus de pitié pour les pauvres diables, résignés et passifs, qui s'attellent tous les jours à la même uniforme et interminable besogne, que pour les irréguliers ou les primitifs qui luttent péniblement, âprement, contre les hflsards de l'existence. L'insurgé, le réfractaire, le sauvage rongé par la faim, l'Arabe perdu au désert., peuvent souffrir les tortures les plus atroces: ils sont hommes, ne fut-ce que par la souffrance. L'automate des grandes fabriques, au contraire, n'est pas un homme, mais un moyen de production, << mean not man )) comme disait récemment un socialiste Américain. Ce qui fait la grandeur de la-formule des trois-huit,c'est qu'elle
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