La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

568 LA REVUE SOCIALISTE un bien ravi à la communauté. Et de même que maintenant, on empêche les gens de mettre la main dans la poche de leur voisin, de même on les empêchera de mettre la main sur les biens de la communauté. Mais il sera beaucoup plus facile de protéger les biens de la communauté qu'il ne l'est de protéger la bourse de chacun; car si l'on prend l'argent de son voisin d'un façon furtive et cachée, ce qui nécessite pour découvrir le voleur une nombreuse police, on s'apercevra immédiatement alors de celui qui se serait emparé d'une grande usine, d'un morceau de terre, etc., en un mot, de capital. On ne peut posséder cela qu'au grand jour et le voleur sera immédiatement dénoncé à la justice. Voilà, M. Schneider, comment je vous réponds, en langage capitaliste, pour me faire entendre de vous, mais maintenant je dirai simplement, en langage socialiste, à ceux qui veulent m'entendre, que les hommes, une fois l'habitude prise, ne songeront plus guère à se rendre maîtres des biens de la société et à reformer du capital privé. Ils seront fort heureux, grâce à la propriété sociale, de retirer de leur travail, un équivalent réel de richesse. Avec le produit de ce travail, ils pourront se divertir, s'adonner à des jouissances artistiques, et faire des recherches scientifiques. Cela leur paraîtra sans nul doute beaucoup plus agréable, que ùe songer à devenir propriétaires privés de grandes usines, qui sont, somme toute, des meubles assez encombrants. Personne, plus qu'un autre, dans la société collective ne pourra posséder les instruments de production. Personne ne craindra donc qu'un autre se les approprie, pour l'exploiter et opposer à ses ressourcee des ressources plus puissantes. Personne en un mot ne songera à s'armer, pour sa part, de capital, n'en ayant personnellement pas besoin. D'ailleurs le régime capitaliste, en concentrant et en centralisant la production en quelques mains, fait qu'il sera de plus en plus facile et nécessaire, de remettre au pouvoir de la classe ouvrière, ce capital que s'approprient quelques individus et quelques grandes compagnies. Le collectivisme a, en effet, ses causes dans la production capitaliste même, et, à un moment donné, il rendra la refonte sociale aussi urgente que naturelle. Le capital perdra alors toute raison d'être. Et le capitaliste - auquel M. Schneider, vous donnez vraiment un rôle bien considérable, pour la peine qu'il a à abouler la forte somme - disparaîtra tout simplement. Il est vrai qu'à vous et à vos pareils, cela ne vous semble pas simple du tout, et je regrette déjà toutes mes explications, car vous ne les comprendrez jamais. Vous et vos pareils. vous jouissez trop complètement du capital, pour comprendre qu'il doit disparaître! Le capital c'est votre vie, à vous autres capitalist~s ! Aussi tous, vous continuerez à vous écrier :

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