La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LE SOCIALISME ET Sl'}S DÉTRACTEURS 563 plein du plus stupide entêtement. Croyez-vous que ce Christophle, -qui manie les milliards que représente le sol de la France, ait cherché à connaître un peu sérieusements les systèmes qui ont pour but de répondre aux aspirations de la classe des travailleurs ? Non certes, ce n'est pas son affaire à cet homme: « Ah ! mais, dit-il à M. Huret qui lui parle de la propriété collective, c'est le vol cela! tout simplement ! Et puis ! supprimer l'intérêt du capital !... c'est une théorie que je ne peux même pas discuter !..... » Ne la discutons pas non plu~ avec Christophle. Disons-lui simplement que lui, bourgeois, profite certainement de biens enlevés à la noblesse et au clergé, pendant la Révolution de 89. Appelle-t-il pour cela ses biens, un vol ?... s'appelle-t-il pour cela un voleur ?... Et lui qui, au Crédit foncier, traite tant d'affaires avec ces nouveaux propriétaires de la France, les'bourgeois, conviendrait-il par hasard qu'il n'est qu'un agent d'affaires de voleurs? En tout cas, de quel droit ce bourgeots, après ce qu'ont pris les bourgeois à d'autres gens, vient-il qualifier 1~propriété collective de vol, elle, qui a pour but de rendre à tous ceux qui travaillent, les biens que de tout temps ils ont fait fructifier ? D'ailleurs, Christophle, en consiùérant1a propriété collective comme le vol, ne sait pas un traître mot de la question : il s'entête à nous prendre, nous autres collectivistes, pour de préhistoriques partageux. Ecoutez-le plutôt : ' « Mais nous en arriverions,· dit-il, avec ces théories, à cette folie, à cette imbécillité, de vouloir supprimer la propriété ellemême ! La vieille histoire du partage en nature! On partagerait tout; mais voyons, ça ne durerait pas une semaine ! Il y aura toujours des hommes à passions vives et dévorantes, pressés de jouir, et d'autres aux besoins modérés, contenus; les premiers abandonneront tout de suite leur part de JH·opriété pour satisfaire un caprice; les autres sacrifieront leur part de jouissance et accumuleront les biens qu'ils auront obtenus des premiers en paiement de leur sacrifice ! » Ah ! vraiment, chacun dans les premiers temps de la société collectiviste, détiendra librement sa part deprop1·1"été ! Mais, c'est la propriété privée cela ! C'est la propriété qui existe chez les bourgeois, sur une moins large échelle, voilà tout! Et, en effet, cette propriété là est un vol, car on accapare avec elle le bien de ceux qui sont faibles et qui ne savent pas conserver leur part de _propriété. C'est par cet accaparement que s'est formée la propriété privée et qu'elle existe avec les caractères que nous lui voyons aujourd'hui. Mais le collectivisme veut justement la destruction de cette propriété privée : 'il veut la propriété sociale, où chacun

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