La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

531 LA REVUE SOCIALISTE On emploie par suite it cette fabl'ication nn plus grand nombre de personnes qu'auparavant, mais ce sont des femmes et des enfants au-dessous Lledix ans que l'on paie d'une façon dérisoire. Abaissement général des salaires, _durée plns longue de la journée de travail (H et 15 heures clans certaines localités), telles ont été les conséquences du machinisme, conséquences atténuées à Anvers et it Bruxelles it cause de la "résistance des syndicats. Dans ces deux dernières villes les positions anciennement acquises ont été ~t peu près conserYées, gr.îce à une discipline très sévère. La journée ne dure que dix heures, l'emploi des moules est interdit dans les ateliers; mais ailleurs la résistance a été nincue. A Liège, les femmes envahissent ; à Gand la salafres ont baissé de :30 % depuis 1872 par la concurrence des enfants. A G1·ammont, les cigai·iers travaillent douze heures et ne gagnent pas leur vie: itMaësyck un patron déclare que :30 % de ses ouvriers sont secourus par le Buraau de Bienfais:mce et que 40 % succombent sons les usuriers. Voilà deux r~gimes opposés : 1 ° l'industrie manufacturière, avec ses sociétés de résistance, son patron constitutionnel. L'ouvrier vit aisé mais le produit. se vend cher. 2° L'industrie mécanique. Le patron gouverne en maître absolu, le produit est bon marché, mais l'ouvrier ne reçoit qu'un salaire incertain et extrêmement réeluit. Cette seconde forme prospère, se développe, la première décline. Les luttes vaillantas soutenues à Bruxelles, à Anvers n'empêcheront pas le développement du machinisme qui est inéluctable, mais elles ont pour effet de rendre le passage d'une forme, à l'autre moins rapide et de développer des sentiments d'union, de solidarité et de Fraternité parmi les travailleurs. « C'est un touchant spectacle que de voir << ces rudes hommes s'assembler toutes les semaines ~t la « Jfaison cln Peuple, trop pauvres pour « boire un verre de bière, mais assez riches pour retrancher de « leur pitance de quoi entretenir leurs frères sans travail. L'un « d'eux me disait avec une lueur d'orgueil au visage : C'est grâce « à notre association que pas un de nous n'est forcé de passer « par 1e Bureau de bienfaisance. » Les adhérents à la Fédération de la pierre (Bruxelles) subisSf nt le même sort. La concurrence des ouvriers venus de la campagne, la mise en pratique par certains façonniers du sweatingsystem, et du truck-system ( car ces derniers sont aussi marchands d'alcool et payent surtout en alcool les misérables qu'ils recrutent), mais surtout l'emploi du polissage mécanique ont déterminé, à partir de 1880, un~ baisse de_ssalaires qui se continue inexorablement. \

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